Les « traduels » de Magistrad sont-ils vraiment des formations?

Les « traduels » de Magistrad sont-ils vraiment des formations?

On trouve dans l’offre de cours de Magistrad trois traduels :


N.D.L.R. (octobre 2024) : Deux autres traduels se sont ajoutés depuis la parution de cet article :


Un traduel a plus l’air d’un spectacle que d’une formation. Pourtant, si nous proposons ces trois traduels parmi nos cours, c’est parce que nous croyons à la valeur pédagogique bien réelle de cet exercice.

Qu’est-ce qu’un traduel?

Commençons par expliquer ce qu’est un traduel.

Un traduel est une épreuve par laquelle on demande à deux traducteurs de traduire le même texte chacun de son côté. Les deux traduellistes remettent leur traduction à une tierce personne qui s’occupe de créer un PowerPoint où les versions seront mises côte à côte. Puis, devant un public ébahi, on montre les deux traductions paragraphe par paragraphe et on constate à quel point deux personnes peuvent arriver à des solutions différentes pour un même point de départ.

À noter que l’exercice s’appelle translation slam en anglais, et que c’est votre humble serviteur qui a eu l’honneur de forger la traduction traduel à l’occasion de l’événement « On traduit à Québec » en 2013. En Europe, on parle souvent de joute.

Malgré ce que l’appellation laisse malicieusement entendre, il ne s’agit pas véritablement d’une compétition. (J’avais d’ailleurs hésité entre traduel et traduo comme traduction à l’origine. Cela dit, Mélodie Benoît-Lamarre et moi avons donné récemment un sens nouveau au terme traduo, exercice inédit que nous proposerons bientôt à la distinguée clientèle de Magistrad.) Un traduel se déroule toujours dans un esprit de camaraderie et de curiosité. Chaque traduelliste peut être fier de ses trouvailles, mais aussi se laisser éblouir par celles de l’autre.

Nul besoin de dire, par ailleurs, que l’exercice est particulièrement stressant pour les deux, car chacun travaille sans filet : logiquement, les textes ne sont pas révisés avant d’être exposés, et chaque traduelliste découvre la version de l’autre en même temps que l’auditoire.

Il n’y a pas vraiment de vainqueur dans un traduel : immanquablement, ce qu’on constate, c’est qu’un des deux traduelliste a trouvé une solution plus concise, efficace ou ingénieuse que l’autre pour la phrase a, mais que c’est l’autre qui a pris le dessus pour la phrase b. Sans compter les nombreux cas où les deux ont parfaitement relevé le défi, mais avec des solutions différentes.

Pour avoir une idée de ce à quoi ressemble un traduel concrètement, on peut aller en voir deux extraits de vingt minutes sur la chaîne YouTube de Magistrad :

Un traduel, est-ce vraiment une formation?

Dans un traduel, il n’y a pas de programme d’apprentissage particulier. En ce sens, on pourrait considérer qu’il ne s’agit pas d’une formation.

Mais nous considérons qu’en matière de traduction, l’apprentissage par l’exemple est une des meilleures méthodes qui soit. En effet, on peut vous égrener toutes sortes de principes et d’exemples hors contexte dans un cours, rien n’est plus inspirant que de voir le résultat du travail d’un traducteur chevronné qui a réussi à s’éloigner de l’anglais pour produire une traduction idiomatique.

Or un traduel montre non pas une, mais deux traductions (quasi) exemplaires. Qui plus est, dans un traduel, chaque traduelliste explique ses choix et commente les choix de l’autre. Et il y a aussi l’assistance, composée d’étudiants ou de traducteurs professionnels, qui proposeront encore d’autres solutions, ou alors confirmeront les bons coups ou remettront en question certains choix : n’y a-t-il pas un glissement de sens ici? une omission là? Il n’y a pas toujours de réponse définitive à ce genre de question. Mais ce qui est formateur, c’est de voir comment des traducteurs professionnels abordent ces questions, sur quoi ils se basent pour, par exemple, laisser tomber un élément d’information, étoffer, interpréter ou au contraire coller à l’anglais quitte à nuire un tant soit peu au style et à l’idiomaticité.

Pour cette raison, nous recommandons particulièrement les traduels aux jeunes traducteurs. Un jeune traducteur qui est exposé dès ses premières années à des traductions véritablement affranchies de l’anglais aura d’emblée une idée beaucoup plus concrète de ce qu’il doit viser comme traducteur que la simple contemplation des révisions apportées à ses textes ou l’apprentissage de diverses règles compartimentées de stylistique comparée.

Comment se servir d’un traduel de manière véritablement formatrice?

Les traduels de Magistrad comportent deux composantes :

  • une vidéo d’environ deux heures,
  • le texte à traduire, pour une durée de 90 à 120 minutes.

On peut évidemment se contenter de visionner la vidéo. Toutefois, nous recommandons vivement, pour décupler la valeur pédagogique de la formation, de commencer par traduire soi-même le texte. C’est pourquoi ces formations sont considérées comme des formations de 3,5 h ou 4 h même si la vidéo elle-même ne dure que deux heures environ.

En effet, pour saisir pleinement quelles étaient les difficultés d’un texte et bien apprécier la façon dont les traduellistes les ont résolues ou contournées, il faut s’y être confronté soi-même. Sinon, on voit directement la solution et elle nous paraît plutôt évidente. Mais c’est quand on peut comparer sa propre formulation maladroite (le cas échéant) à la solution des traduellistes qu’on peut mesurer et visualiser plus clairement le chemin à parcourir pour y arriver.

Les traduels, c’est pour tout le monde!

Nous avons dit plus haut que les traduels étaient particulièrement bénéfiques aux traducteurs débutants, et à ce titre, nous ne saurions trop recommander aux employeurs de les recommander à leurs recrues. Cela dit, le haut calibre des traduellistes s’affrontant dans le cadre de Magistrad fait que tout traducteur le moindrement curieux et soucieux de perfectionnement y trouvera une source d’inspiration inestimable.

Comme nous l’avons dit, la durée affichée pour chaque formation est de 3,5 à 4 h, mais en fait, la moitié de ce temps consiste à traduire soi-même le texte, et l’autre est constitué par une vidéo que l’on peut facilement interrompre après un segment de traduction quelconque, de telle sorte qu’il n’est nullement obligatoire d’avoir un bloc de quatre heures devant soi avant d’entamer ce genre de formation.

Les traduels de Magistrad, un beau cadeau à vous faire… ou à faire à vos employés!



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