On n’arrête jamais de vivre

On n’arrête jamais de vivre


François Lavallée nous livre ses états d’âme à 36 heures de son départ pour l’Europe…


Février 2020. Une chape de plomb est sur le point de s’abattre sur la planète, mais personne ne s’en doute. Tout au plus certains citoyens excessivement prudents prennent-ils la peine de laisser les colis arrivant de Chine mijoter quelques jours dans le congélo.

Moi, je pars pour Yellowknife. C’est à 3 000 kilomètres de chez moi, mais je suis parfaitement à l’aise. Depuis une quinzaine d’années, je vais partout, de Halifax à Whitehorse en passant par Regina et Toronto; j’ai ma valise standard, ma liste de vérification, mes petites habitudes… presque comme George Clooney dans Up in the Air. Je suis loin de me douter que c’est mon dernier voyage pour un bon bout. D’ailleurs, je me réjouis d’avance du fait qu’on m’attend en Belgique en mai pour un congrès (qui n’aura jamais lieu).

Faire quoi, à Yellowknife? Oh, la routine : animer des formations de « traduction administrative…  idiomatique! » Ce sera la 79e fois que je donnerai mon volet I, tout est bien rodé et j’ai confiance en mon contenu : les commentaires sur ce cours sont invariablement bons depuis les lointaines premières séances…

Bref, en février 2020, sans aller jusqu’à m’endormir sur mes lauriers, je peux dire que tout va bien, que je suis à l’aise dans ce que je fais, que mon niveau de stress est quasi inexistant et, cerise sur le gâteau, que rien de tout cela n’émousse le plaisir bien réel que j’ai à me promener d’un bout à l’autre du pays pour parler traduction avec des confrères et consœurs.

Je dis « d’un bout à l’autre du pays », mais au fil des années, il y a aussi eu trois congrès aux États-Unis, ainsi que deux séminaires « On traduit à » dans l’État de New York et deux autres en Europe. Toujours avec le même plaisir.

Mais cette fois, c’est pas pareil

Alors pourquoi tout ce stress, aujourd’hui, à 36 heures de mon départ pour l’Europe pour faire à peu près la même chose?

La coupure de la COVID qui m’a fait perdre l’habitude du voyage? Le contexte inusité de ce nouveau périple? Sa durée inhabituelle? L’âge?

Sans doute un peu de tout cela. Le fait est que, cette fois-ci, la planification fut longue et relativement stressante.

Sur le plan logistique d’abord : il ne s’agit pas, cette fois, de me rendre en un lieu bien délimité où, après un cocktail d’accueil, je passerai quelques jours en compagnie de collègues et amis dans un cadre bien douillet. Je ferai en effet, en trois semaines, Paris-Lyon-Bruxelles-Arles-Paris. Pas très logique comme itinéraire, je vous le concède, mais c’est le résultat de l’agencement de diverses contraintes, autant du côté de Magistrad que du côté de nos hôtes. Au départ, en bon Nord-Américain que je suis, je comptais louer une voiture. Devant l’incompréhension patente de mes contacts européens, j’ai fini par me résoudre à opter pour le train.

Et c’est ça qui est bizarre : j’ai déjà pris le train à quelques reprises en Europe, mais je ne sais pas pourquoi, la chose m’insécurise aujourd’hui. Peur de me perdre, peur d’être encombré avec mes bagages… L’âge? Peut-être.

Sur le plan du contenu ensuite : quand je suis allé à Yellowknife, je connaissais le contenu de mes cours par cœur. Je ne révisais absolument rien à l’aéroport ou dans l’avion, je vivais zéro stress à l’égard du contenu et de ma capacité à le livrer.

Pour l’Europe, c’est différent : certes, je reprends une bonne partie de mes cours habituels, mais le contexte de prestation sera très différent – et d’abord, je ne suis plus habitué à donner des cours en présentiel! Il faut prévoir le papier, la communication… Et pour le contenu, je connais assez le monde de la traduction pour savoir que l’auditoire européen n’est pas l’auditoire canadien : le contexte d’exercice est différent, et si je connais bien les travers des traducteurs canadiens, je connais moins les penchants des européens… J’ai donc passé les dernières semaines me questionner sur la validité de tel ou tel exemple, à adapter, peaufiner… Pour un type qui a fêté sa première année de retraite il y a deux semaines, j’étais loin du pina colada au bord de la piscine!

Stress, avec ou sans détresse?

Le plus gros stress que j’aie connu comme conférencier dans ma vie, c’était en 2008, la première fois où je suis allé au congrès de l’American Translators Association, à Orlando, à l’invitation des organisateurs. J’en ai passé des nuits blanches à me demander : « Mais que vais-je aller faire dans cette galère? » Nuits blanches, mais peur bleue que mon contenu ne soit pas pertinent et fasse patate. Or les choses se sont très bien passées, pour dire le moins. Cela me rassure, mais la folle du logis, par définition, n’est pas raisonnable.

Je connais quand même un peu le public européen, pour m’être adressé à lui dans divers contextes, notamment à l’ATA justement, puis aux événements « On traduit à », et maintenant tous les mois dans le cadre de mes cours en ligne pour Magistrad. Je reconnais chez lui la même soif de perfectionner l’art de traduire et la même fascination pour notre travail, et au-delà de toutes mes incertitudes, je ne doute pas que nos rencontres seront de véritables célébrations de cette passion commune et des amitiés franco-québécoise et belgo-québécoise.

Sortir de sa zone de confort, pourquoi pas?

Ma valise est probablement trop volumineuse. Mes cours et conférences ne sont peut-être pas encore tout à fait adaptés. Je vais sans doute me perdre quelque part une fois ou deux sur mon itinéraire. Deux semaines avant mon départ, une tendinite m’est apparue comme par enchantement au pouce gauche, complétant à merveille l’épicondylite que je traîne depuis deux mois au bras droit. Simple coïncidence, bien sûr. Chose certaine, à 61 ans, je réapprends à sortir de ma zone de confort. Mais je mesure pleinement la chance que j’ai, après avoir pris ma retraite du cabinet Edgar à l’automne 2023 et cédé Magistrad à ma successeure Mélodie Benoit-Lamarre au printemps 2024, de pouvoir me permettre un voyage de trois semaines où je renouerai avec une France bien-aimée et une Belgique fraternelle. Merci à Caroline Tremblay, qui a pris l’initiative de cette aventure et qui m’a soulagé d’une bonne partie de ce stress nouveau en prenant en charge toute l’organisation logistique du voyage.

Quant à moi, je survivrai sûrement. On s’en reparle!

Je suis Pékin

Qu’est-ce que la translittération? C’est la façon d’écrire dans notre alphabet les mots qui viennent de langues qui en utilisent un autre. Ce n’est pas de la traduction.

Traduire autour du monde

Qui n’a pas rêvé de travailler à l’étranger ? Annik LaRoche Bradford, elle, a décidé de passer du rêve à la réalité. Grande voyageuse, la propriétaire d’Accent Communication est partie, en juin dernier, faire le « tour du monde » avec toute sa petite famille. Armée de son portable et de sa fidèle clientèle — qu’elle avait bien préparée…

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