Dans le cadre de sa série « Portraits de formateurs et de formatrices », Magistrad discute de sous-titrage avec Laurence Jay-Rayon Ibrahim Aibo, traductrice agréée, polyglotte, interprète, docteure, chercheuse et enseignante en traduction et auteure du livre The Politics of Translating Sound Motifs in African Fiction.
Bonjour Laurence! Ton parcours professionnel est des plus impressionnants! Tu donnes notamment le cours Initiation au sous-titrage pour Magistrad. Peux-tu nous dire d’où vient ton intérêt pour ce sujet?
Je suis cinéphile, c’est sans doute ce qui m’a incitée au départ à me former en traduction audiovisuelle. À mon sens, le sous-titrage est une forme de « tradinterprétation », qui participe tant de la traduction que de l’interprétation.
Qu’est-ce qui distingue ce type de traduction?
La reformulation est plus importante qu’en traduction « classique » (si tant est que cette catégorie existe), ce qui rapproche le sous-titrage de l’interprétation. On doit s’appuyer sur l’image et la dynamique situationnelle (encore un clin d’œil à l’interprétation) pour pouvoir condenser l’information entendue. Bref, c’est une activité stimulante, qui relève parfois du casse-tête.
Quels sont, selon toi, les défis particuliers du sous-titrage?
La vidéo en tant que média a connu une explosion phénoménale. Cependant – et c’est assez paradoxal –, la qualité des sous-titres a baissé petit à petit (tout le monde s’est improvisé sous-titreur/adaptateur ou sous-titreuse/adaptatrice) et l’accent s’est progressivement déplacé vers les outils techniques. Aujourd’hui, on trouve ainsi une pléthore de formations aux outils ou aux plateformes, mais beaucoup moins de formations aux principes et à l’art du sous-titrage. Les questions d’ordre technique font bien entendu partie de cette discipline, mais celle-ci nécessite avant tout une excellente compréhension de l’audiovisuel.
À l’heure actuelle, l’ennemi numéro un, c’est la perception erronée, du côté du public (par manque de connaissances sur ce sujet) et des géants du domaine (par appât du gain), de ce que peuvent faire les outils artificiels.
Est-ce que ces outils ont tout de même une certaine utilité?
On peut bien entendu gagner du temps à certaines étapes en y faisant appel, mais il n’en reste pas moins que c’est au milieu professionnel (personnes formées et expérimentées) de décider des outils à utiliser – à quels moments et pour quelles tâches. L’art de la reformulation et de la condensation du message en fonction d’éléments contextuels et à partir de contraintes d’espace et de temps ne doit pas être confié à la machine.
Penses-tu que les jeunes qui s’orientent vers cette pratique ont un avenir prometteur?
Les débouchés sont énormes, car l’utilisation de la vidéo continue à se développer. Tout le monde y fait appel : entreprises privées, ONG, pouvoirs publics. Bref, on a besoin de personnes qualifiées pour faire du sous-titrage interlinguistique, mais il faudra pour cela rectifier cette question de perception évoquée ci-dessus (laquelle n’est pas propre au sous-titrage, puisqu’elle concerne également les activités de traduction et d’interprétation).
Voilà qui nous rassure! Merci, Laurence, pour cet aperçu fort intéressant, et au plaisir de discuter de nouveau avec toi. La prochaine fois, nous pourrions aborder les défis de La traduction en ressources humaines, une autre de tes passions qui s’est transformée en formation…
