Bruno Colmant
L’IA est, sans aucun doute, une prodigieuse révolution industrielle, et je ne sais même pas si le mot industriel est adapté puisque cette révolution complète les capacités cognitives.
Mais il y a un danger : c’est de confondre l’accès à l’information et au raisonnement avec la curiosité, la structuration déductive, l’apprentissage des lignes du temps, des interactions, des juxtapositions d’idées, souvent intuitives et inductives. Rien ne remplacera la petite voix intérieure, la capacité à comprendre les situations et les hommes, à moins d’entrer dans un monde de robots.
Et je pense qu’aujourd’hui, plus que jamais, il faut étudier, suivre des formations, y compris des micro-formations ciblées et régulières. Cette exigence de soi, loin d’être une contrainte, est une source profonde de satisfaction. Car elle procure la joie inégalée de surmonter l’inconnu, de défricher de nouveaux territoires de pensée, et, in fine, d’accéder à une véritable indépendance intellectuelle et à une autonomie de jugement. Il s’agit de ne pas tomber dans le piège de croire qu’une machine sera notre remplaçant, dans un bizarre transhumanisme.
Car, quand on y réfléchit, partant d’un monde comme le mien, où la seule source d’information était des livres et les lectures imposées, sans le foisonnement de médias et l’accès à l’universalité des connaissances, nous avons tous un choix : se laisser porter par les réseaux sociaux et s’enfermer dans des flux d’informations manipulées et disparates, ou bien se former, rigoureusement, scrupuleusement, grâce à ces mêmes moyens d’information, gratuits ou presque, accessibles et qui nous donnent la chance de pouvoir accéder au savoir des plus grands penseurs, d’exercer notre esprit critique et de forger notre propre opinion, socle de toute indépendance de pensée. Je pense aux podcasts, aux livres, aux journaux, bref à tout ce qui contribue à la construction de tout individu qui ne cède pas son destin à des machines : la culture générale.
Continuez à étudier et à vous former, nom de Dieu!
Bruno Colmant est membre de l’Académie royale de Belgique. Cet article est tiré de son Bloc-notes, avec son aimable autorisation.
