Traduire des sites Web en 2026

Traduire des sites Web en 2026

Christine Fournier

On est en 2012, je me dresse devant un groupe d’étudiants universitaires. Mon sujet? Une nouveauté au programme de traduction : la rédaction pour le Web. Pendant 45 heures, nous parlerons de référencement, d’ergonomie, d’architecture, d’accessibilité, de lisibilité, d’hypertexte, de genres numériques… Des notions qui allaient désormais faire partie du quotidien du rédacteur Web et qui allaient inévitablement faire leur entrée dans le monde de la traduction.

Depuis, je m’efforce de former étudiants et collègues. De dire haut et fort qu’on ne peut pas traduire un texte destiné à la toile comme on traduit n’importe quel autre texte. Il faut d’abord connaître l’écriture Web, et surtout savoir reconnaître les choix rédactionnels que l’auteur a faits pour produire un contenu qui plaît aux internautes et qui sera repéré par les moteurs de recherche. Une traduction qui ne prend pas ça en compte risque d’effacer tous les efforts d’optimisation et ne sera pas à la hauteur du texte de départ.

J’ai toujours perçu la traduction Web comme une expertise discrète, mais puissante.

Je m’explique. Elle est discrète, car chaque petit choix appuyé sur un concept de référencement, d’architecture ou d’accessibilité, par exemple, est presque imperceptible dans le texte. L’œil non averti ne détectera jamais ces manipulations subtiles qui, pourtant, ont le pouvoir de rendre une traduction visible. Ce sont elles qui hissent les pages Web au sommet des résultats de recherche. Ce sont elles qui accrochent le lecteur et l’incitent à poursuivre sa visite du site et à y revenir. Ça, c’est de la puissance!

Et je vais plus loin. Selon moi, la traduction pour le Web est l’une des activités qui est venues décristalliser notre rôle de traducteur. C’est une occasion de montrer à nos clients qu’on suit les tendances, qu’on possède des connaissances techniques hautement exploitables, qu’on ne fait pas que changer des mots d’une langue à une autre et qu’on est de précieux alliés dans leurs stratégies de communication et de marketing. Puissance au carré!

Le doute s’installe…

Mais voilà, en 2025, j’ai un peu perdu mes repères. L’IA a chamboulé tellement d’habitudes. Je ne parle pas juste de notre méthodologie de la traduction, de la fidélité de nos clients ou de la nature de nos mandats. Pensez aux pages de résultats de recherche qui nous crachent des réponses générées par l’IA (l’ère du zéro clic) ou encore à l’explosion de contenus écrits par des machines plutôt que par de vrais rédacteurs. Bref, pour être honnête, j’ai douté de la pertinence de mon expertise en traduction Web.

J’aborde 2026 d’un nouvel œil, convaincue qu’il y a un avenir pour la traduction Web.

Certains principes sont inébranlables. En fait, ils font en sorte que nos textes se démarquent. Je vous donne quelques exemples.

D’abord, si on pense à nos lecteurs, il y a la rédaction∕traduction centrée sur l’utilisateur. Celles et ceux qui ont participé à mes formations se souviennent peut-être de ce principe qui vise à choisir des mots et des tournures qui créent un dialogue avec le destinataire. La machine n’arrive pas à tisser un tel lien.

Les principes de lisibilité sont aussi là pour de bon. Avouons-le, les textes générés par l’IA sont redondants et loin de la richesse lexicale attendue d’un texte rédigé par un professionnel. Mentionnons aussi la structure, la diversité des phrases, le ton… Bref, tout ce qui rend un texte lisible et agréable et qu’un contenu machine n’arrive pas à offrir.

Ensuite, quand on parle de Web, on doit nécessairement penser à la façon de trouver des contenus. Traduire pour le Web, c’est aussi s’occuper du référencement (SEO), c’est-à-dire de rendre les textes visibles sur les pages de résultats de moteurs de recherche. Ici, ça bouge vite. Sans nécessairement se transformer en référenceur professionnel, il faut suivre les tendances (le GEO, entre autres). Mais certains principes demeurent : richesse lexicale, zones chaudes et hypertexte, par exemple.

Je décide aussi de surfer sur la vague du changement. Voici quelques exemples de ce que 2026 réserve à la traduction Web.

Ces jours-ci, les moteurs de recherche et l’IA sont avides de contenus ultrastructurés. Ça ne peut pas nuire à la qualité de nos traductions. Amusons-nous donc avec les titres et les sous-titres.

Il faudra aussi miser sur une approche multiplateforme. Quand ils cherchent des réponses, les internautes se contentent souvent de lire les aperçus générés par l’IA. Les sites Web ne sont plus la porte d’entrée principale vers les contenus. Pour riposter, vos clients voudront probablement créer d’autres « portes » en redoublant leurs efforts dans les médias sociaux ou sur leur chaîne YouTube, par exemple. Rappelez-leur que vous possédez l’expertise pour traduire des publications Instagram et faire du sous-titrage!

Dans mes formations, j’insiste sur l’importance de bâtir une banque de mots-clés avant de commencer la traduction d’une page Web. Eh bien, bonne nouvelle, l’IA est particulièrement efficace pour accélérer cette tâche. Il existe aussi de plus en plus d’outils pour vous aider à bien choisir vos mots-clés.

Conclusion

Finalement, traduire des sites Web en 2026, c’est :

  • comprendre la nouvelle mécanique du monde numérique;
  • mettre à profit notre expertise de langagier pour créer et traduire des textes qui répondront aux besoins émergents des machines et des utilisateurs;
  • se fier aux bons fondements de la rédaction et aux principes Web qui ont fait leurs preuves pour agrémenter l’expérience utilisateur.

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