François Lavallée publie une somme de 600 pages sur son rapport à la langue

François Lavallée publie une somme de 600 pages sur son rapport à la langue

Le fondateur de Magistrad, François Lavallée, est tout fébrile ces temps-ci : après deux ans de labeur, il publie un ouvrage de 600 pages faisant le tour de son rapport à la langue. Entrevue.

Magistrad : À qui s’adresse ce livre exactement?

François Lavallée : Ça fait 25 ans que je parle de langue aux traducteurs et aux apprentis traducteurs. Mais pendant tout ce temps, je mijotais l’idée d’un livre s’adressant à tout le monde, au grand public, sur les questions qui ressortent constamment autour de nous : les anglicismes, les notions de règles et d’erreur, les différences entre l’anglais et le français… Et je voulais aussi faire partager l’amour de la langue, car on entend de plus en plus souvent des propos dénigrants sur la langue française, et je ne crois pas que le dénigrement soit une bonne façon de se donner un bel avenir collectif!

M. : Pourquoi ce titre bien particulier, Ma langue française?

F. L. : Comme je disais, j’ai voulu aborder entre autres dans ce livre des questions qui ne font pas toujours l’unanimité… mais je déteste la polémique, et de toute façon, je suis tout sauf quelqu’un qui cherche à imposer ses vues. Ce titre m’est venu en tête il y a longtemps, pendant que je songeais à ce qui n’était alors qu’un projet lointain, pour me permettre d’exprimer un point de vue sans rien imposer à personne. Mon livre est un témoignage, pas une injonction.

M. : Vous écrivez en quatrième de couverture : « De ce livre, j’aurais pu en faire quatre. » Que voulez-vous dire?

F. L. : Le livre comporte 16 chapitres répartis en quatre grandes parties. Mon but premier, comme je l’ai dit, c’était d’aborder en tant que professionnel et amoureux de la langue des questions qu’on entend souvent autour de nous. Mais je tenais aussi à faire le récit de mon histoire d’amour avec la langue, une histoire bien particulière qui remonte à ma toute petite enfance… Avec le temps, je me suis rendu compte que j’aurais beaucoup de choses à dire aussi sur la traduction (évidemment!); et enfin, au cours des dix dernières années, j’ai dû admettre que, pour être complet, je n’avais pas le choix d’aborder des questions contemporaines comme la langue claire et simple, la réforme de l’orthographe ou l’écriture épicène.

Pendant longtemps, tout cela était un peu pêle-mêle dans ma tête, mais à un moment donné, à partir de la carte heuristique que j’avais bâtie au fil des ans, les quatre sujets dont je viens de parler sont ressortis assez clairement, avec d’ailleurs des intitulés qui me sont venus assez spontanément et dont je suis assez content :

1 – Une langue que j’aime
2 – Une langue claire aux contours flous
3 – Une langue traduite
4 – Une langue à changer?

Chacune de ces sections plutôt autonomes comporte entre 100 et 200 pages et aurait donc pu faire un petit livre. Mais pour moi, c’était essentiel que le lecteur soit témoin des origines et de la nature de ma passion avant de lire le reste. C’est seulement à la lumière de la partie 1 qu’on « a le droit » de lire les trois autres! C’est pour ça que, après mûre réflexion, j’ai opté pour cette formule. Je dois dire toutefois que je ne m’attendais pas à une brique de 600 pages!

Ajoutons que j’avais une inspiration : le livre Coming to Our Senses de Jon Kabat-Zinn. Ce livre très épais (600 pages aussi, mais ce n’était pas mon but en soi) est une véritable aventure, car l’auteur y parle de son sujet de prédilection, la « pleine conscience », tous azimuts. J’ai été marqué par cette approche ambitieuse qui consiste à faire la somme de ce qu’on a à dire sur un sujet aussi vaste. Ce modèle m’a accompagné et inspiré tout au long de mon parcours.

M. : Des livres sur la langue, il en sort tous les ans. En quoi le vôtre se démarque-t-il?

F. L. : D’abord parce que c’est un livre-témoignage qui porte une voix très personnelle. Mais aussi, je crois que ma troisième partie, celle qui traite de traduction, n’a pas d’équivalent dans les ouvrages en librairie. J’ai lu bien des écrits de traducteurs dans ma vie, mais ce sont soit des ouvrages qui s’adressent à d’autres traducteurs, soit des ouvrages qui parlent de traduction littéraire. Je ne connais pas de livre qui explique au grand public, du point de vue du traducteur de carrière, quelles sont les implications de vivre dans un pays où plus de la moitié des communications sont des traductions, ni quelles sont les difficultés que doivent affronter les traducteurs qui leur livrent ces mots toujours très humblement. Je ne crois pas que les Québécois soient conscients de la différence entre la langue traduite et la langue authentique, donc du fait qu’on a beau « créer du bilinguisme », les langues ne sont pas sur un pied d’égalité pour autant. D’où l’importance d’avoir des institutions, des entreprises et des industries qui fonctionnent en français, et non pas seulement un français de façade. En outre, je crois que mes consœurs et confrères seront bien heureux de pouvoir offrir en cadeau à leur entourage un livre qui expose enfin toute la complexité de leur travail!

M. : En quoi espérez-vous que ce livre fasse grandir ses lecteurs ou modifie leur regard sur la langue?

F. L. : La langue, c’est indispensable de l’aimer, parce qu’on vit avec tous les jours. Et aussi parce que c’est grâce à elle qu’on peut s’exprimer, et qu’on a accès à ce que pense l’Autre. On entend trop souvent dire que le français est difficile, capricieux… J’ai trouvé une façon assez originale, je crois, de remettre en question cette perspective dans le livre, mais plutôt que de dénigrer les dénigreurs, je souhaite d’abord faire partager l’amour de la langue. Et le meilleur moyen, c’est par une passion que j’espère contagieuse, et aussi par un discours qui en fait voir toute la richesse. Car on a le choix : soit on peste parce que le mot doigt comporte deux lettres non prononcées, soit on s’émerveille devant le pouvoir de ces deux petites lettres qui nous relient à elles seules à une civilisation vieille de 2000 ans… tout en faisant, dans le présent, un pont avec l’expression empreinte digitale. La langue, c’est le lien : le lien avec le passé (donc le futur), et le lien avec les autres. Ne coupons pas nos liens.

M. : Où aura lieu le lancement?

F. L. : Il y aura quatre lancements au Québec et une conférence à Paris. Voici les dates :

  • 28 septembre (Québec)
  • 29 septembre (Sherbrooke)
  • 30 septembre (Gatineau)
  • 1er octobre (Montréal)
  • 21 novembre (Paris)

Pour les détails, on les trouvera ici. Venez nombreux!

M. : Où peut-on lire des extraits du livre, pour s’en faire une idée?

F. L. : Plusieurs extraits ont été publiés sur la page Facebook du livre.

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