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Les limites de la rédaction inclusive en français

L’EDI (équité, diversité et inclusion) est sur toutes les lèvres : qu’il s’agisse d’adapter les installations aux personnes handicapées, de réduire l’écart de rémunération entre différents groupes, de recruter davantage de gens issus des minorités ethniques et culturelles et des communautés LGBTQ2S+ ou de favoriser l’intégration des Autochtones dans les structures de gouvernance, on s’efforce de remédier aux inégalités et à l’exclusion touchant tout un chacun dans différentes sphères.
C’est dans la foulée de ce mouvement, issu du monde anglo-saxon, qu’est apparu le principe de communication inclusive, dont le but premier consiste à éviter toute discrimination fondée sur l’âge, le handicap, l’origine ethnique, le sexe, le genre ou l’identité de genre.
Si l’anglais est une langue peu marquée par le genre, il en va tout autrement pour le français, où à peu près tout, des déterminants aux adjectifs en passant par les noms, les pronoms et les participes passés, s’accorde en genre, comme l’illustre l’exemple suivant :
The caregiver said the little girl/boy get hurt when she/he fell, and was crying to see her/his mom/dad. Le/la gardien/gardienne a dit que la/le petite/petit fille/garçon s’était blessée/blessé en tombant, et qu’elle/il pleurait pour voir sa/son maman/papa. Une langue qui ne se laisse pas facilement neutraliser
Pour répondre aux impératifs d’EDI, l’anglais a adopté sans trop de difficulté la neutralisation linguistique, remplaçant les mots genrés de son lexique par des équivalents neutres (fireman → firefighter; policeman → police officer), et substituant le pronom they (them) de la 3e personne du pluriel aux he/she de la 3e personne du singulier.
Cette façon de faire, aussi appelée rédaction non binaire[i], a l’avantage d’inclure d’emblée toutes les personnes sans égard à leur genre ou à leur identité de genre. Elle se transpose toutefois bien mal en français, où elle nécessite généralement le recours à des périphrases de même qu’à une série de néologismes lexicaux et de modifications grammaticales qui sont loin de faire l’unanimité, même au sein des communautés LGBTQ2S+.
The caregiver said the child get hurt when they fell, and was crying to see their parent. La personne qui gardait l’enfant a dit qu’iel s’était blessé·e en tombant, et qu’iel pleurait pour voir san parent. Un idéal qui nuit à la représentation linguistique des femmes
Rappelons qu’en français, le masculin a par convention valeur de générique, ou de genre non marqué, depuis le 17e siècle. Or, depuis plus de 50 ans, des francophones militent pour une meilleure représentation linguistique des femmes. C’est ce mouvement qui a notamment entraîné la féminisation officielle des noms de métiers à la fin des années 1970 au Québec (rappelons que ce n’est pas encore gagné en France, où la féminisation des titres professionnels ne fait toujours pas l’unanimité, surtout en ce qui concerne les fonctions de prestige).
Depuis quelques années, on assiste aussi à l’adoption de plus en plus répandue de la rédaction épicène, « une pratique d’écriture qui vise à assurer un équilibre dans la représentation des hommes et des femmes dans les textes »[ii]. Le Bureau de la traduction, organe du gouvernement fédéral, vient d’ailleurs d’emboîter le pas à l’Office québécois de la langue française et à diverses organisations publiques et privées en publiant une série très étoffée de lignes directrices et de ressources sur l’écriture inclusive, dont l’un des grands principes consiste à « [d]onner une place égale au féminin et au masculin ».
Or, l’idéal de neutralisation propre à la communication inclusive entre en contradiction avec ce principe, dans la mesure où il vise à éliminer toute marque de genre, ce qui invisibilise de nouveau les femmes. La question qui se pose est la suivante : doit-on, au nom de l’inclusion universelle, mettre de côté les revendications visant à donner aux femmes une place équivalente aux hommes dans la langue française écrite?
En toute prudence, j’oserai seulement affirmer que ces deux écueils – la neutralisation difficile du français, langue binaire, et la possibilité d’un recul pour les femmes dans l’espace linguistique et social – montrent bien qu’on ne peut pas si facilement transférer un principe, aussi louable soit-il, d’une culture, et donc d’une langue, à une autre, et qu’il faut envisager l’évolution des pratiques linguistiques en fonction de l’environnement culturel des locuteurs et locutrices.
[i] La nomenclature des normes rédactionnelles retenue est celle de l’Office québécois de la langue française (https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/index.php?id=25421)
[ii] Banque de dépannage linguistique – Rédaction épicène, formulation neutre, rédaction non binaire et écriture inclusive (gouv.qc.ca)
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Vous avez dit epekhô?

Les habitués de Magistrad auront remarqué que nous avons changé de plate-forme l’automne dernier. La nouvelle plate-forme, plus moderne, tourne sous l’adresse epekho.magistrad.com. Mais d’où vient ce nom bizarre?
C’est une devise de Montaigne.
On sait que Montaigne (1533-1592) était un grand lecteur et un grand penseur. Un de ses refuges préférés était sa « librairie » (bibliothèque), qui se trouvait dans une tour que l’on peut encore visiter aujourd’hui dans le Périgord. Sur les poutres de ce lieu quasi sacré, il avait peint ou fait peindre des dizaines de phrases et de maximes qui se rappelaient ainsi continuellement à sa conscience. Sur une des poutres maîtresses, il y avait, en caractères grecs bien sûr, cette devise, que l’on translittère normalement ainsi : epekhô. La même devise a été retrouvée sur un jeton de compte à son nom et à ses armes.
Mais que signifie epekhô?
Ce n’est pas à des traducteurs que j’apprendrai qu’il n’est pas évident de rendre le sens d’un mot grec. D’autant plus que Montaigne, comme bien des érudits de l’époque, aimait choisir des devises à sens multiples. La traduction la plus courante de ce verbe à la première personne serait : « Je suspends mon jugement. » On reconnaît bien ici la sagesse de Montaigne… sagesse prudentielle d’autant plus nécessaire qu’il a vécu en pleine époque des guerres de religion! Cela dit, on pourrait aussi le traduire par « je tiens bon » ou « je me maintiens en équilibre ». Montaigne, lui, hésitait entre deux traductions : « je soutiens » et « je ne bouge ».
Ces deux dernières traductions appellent une explication. « Je soutiens » fait référence au jeu de paume (ancêtre du tennis) : dans ce jeu, on dit de la personne qui reçoit le service qu’elle « soutient » ou qu’elle « tient » (d’où l’impératif « tenez », que disait le serveur, et qui a donné chez les Anglais le mot… tennis). Donc, celui qui « soutient » est immobile, mais vigilant; c’est l’immobilité de celui qui est prêt à se mouvoir selon les circonstances. Montaigne s’inscrit ici dans la lignée des philosophes pyrrhoniens. Ces philosophes, dans les mots d’Alain Legros[1], « ne sont pas ennemis de l’action, ils la font seulement dépendre de l’impression et de l’usage, non de la raison, dont ils ne se servent que “pour enquérir et pour débattre, mais non pas pour arrêter et choisir” ».
Montaigne était tellement passé maître dans la philosophie de la réserve qu’il avait même rejeté la fameuse vérité dernière de Socrate, à savoir : « Je sais que je ne sais rien. » Même de cela, disait Montaigne, on ne peut être sûr. Pour résumer la question, il avait plutôt forgé la fameuse formule interrogative « que sais-je? », devenue depuis le nom d’une célèbre collection encyclopédique.
Et Magistrad dans tout cela?
Depuis que je donne des formations, je suis frappé par le besoin de certitude des traducteurs. On veut savoir si tel mot est correct ou non, si tel anglicisme est enfin « passé dans l’usage », donc si « on a le droit » de l’utiliser. On tuerait pour enfin savoir s’il faut dire « capacité de » ou « capacité à », pour savoir si le mot « approche » ou le mot « informations » (avec un s) est acceptable dans tel ou tel contexte (et pour savoir si le verbe être aurait dû être accordé au pluriel ici), pour connaître la différence entre « organisme » et « organisation », pour savoir si tel mot devrait ou non s’écrire avec une majuscule dans tel contexte, si on est vraiment obligé de répéter un « de » ou un « à » dans telle énumération… Parfois, j’ai l’impression que certains traducteurs craignent que la police débarque chez eux s’ils commettent une impropriété.
Après près de quarante ans à traduire et réviser assidûment, plus de quarante-cinq à étudier la langue avec passion et plus de vingt à enseigner notre art, il y a encore des choses que je ne sais pas. Ce sont ce que j’appelle mes zones grises. Des questions sur lesquelles « je suspens mon jugement ». Epekhô. Cela ne m’empêche pas d’utiliser cette langue, de l’aimer et de jouer avec. Peut-être que, parfois, je fais un faux pas. Mais faire un faux pas dans l’amour et le respect, ce n’est pas comme le faire dans le rejet, la courte vue ou le je m’en-foutisme.
« Je retiens mon jugement », je reste vigilant. J’accepte les zones grises mais elles ne me paralysent pas : j’agis quand c’est le temps. Je me libère des jugements péremptoires et dogmatiques, en misant sur la sagesse. Je le rappelle : Montaigne a vécu en pleines guerres de religion, une époque qu’il a vécue de façon douloureuse, car elle s’accordait mal avec cette sagesse. Dans les moments révolutionnaires, on vous enjoint d’être blanc ou noir, sinon vous essuyez les tirs des deux côtés. La langue n’échappe pas à ce genre de guerres : au contraire, elle se trouve parfois au cœur de celles-ci. Epekhô.
Dans les petites choses comme dans les grandes, Magistrad a pour philosophie de considérer la langue comme un moyen de s’ouvrir, de découvrir, de célébrer et de colorer, et non de détruire, de mutiler, de dénoncer ou d’interdire. Que faut-il faire dans telle ou telle circonstance? Parfois, la réponse peut rester un bon bout de temps en gestation dans la zone grise, et elle peut ensuite varier selon les circonstances, selon la balle qui vous sera servie. Epekhô.
[1] Alain Legros, Montaigne en quatre-vingt jours, Albin Michel, 2022. L’essentiel des informations du présent article est tiré de cet ouvrage.
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Écrire un texte clair sur un concept difficile

Le système d’exploitation expliqué à une octogénaire
Expliquer un terme technique à un profane est un beau défi d’écriture.
J’ai dû le relever quand ma marraine, une octogénaire curieuse qui venait d’acheter une nouvelle tablette électronique, m’a demandé de lui expliquer ce qu’était un système d’exploitation. Sur le coup, je n’ai su que balbutier une définition.
Résultat : elle était perplexe et moi, déçu.
Je me suis repris en rédigeant, quelques jours plus tard, trois définitions que j’ai soumises à son jugement. Je les soumets au vôtre et je vous partage la réflexion qui a soutenu et suivi ce travail. Je ne prétends pas avoir pondu LA définition. Je veux simplement tirer les leçons de cette expérience.
Ma destinataire : cultivée et ouverte
Ma marraine a été secrétaire médicale. Elle a un ordinateur portable, une tablette et un cellulaire. Elle suit l’actualité, fait partie d’un club de lecture, s’intéresse aux personnes de tous âges. Bref, c’est une femme cultivée et ouverte, mais qui ne connaît pas les entrailles d’un ordinateur.
Je ne suis pas non plus un spécialiste de l’informatique même si je m’y retrouve. Je suis donc un profane s’adressant à une profane.
Conscient des limites de mes connaissances informatiques, j’ai fait quelques recherches avant de rédiger mes trois définitions.
Après avoir lu de longues explications techniques qui entraient dans des détails inutiles pour ma destinataire, j’ai repéré deux définitions d’experts qui me fournissaient, il me semble, une base solide à une définition simple. Voici ces deux définitions.
Définition experte 1
« Logiciel de base d’un ordinateur, destiné à commander l’exécution des programmes en assurant la gestion des travaux, les opérations d’entrée-sortie sur les périphériques, l’affectation des ressources aux différents processus, l’accès aux bibliothèques de programmes et aux fichiers ainsi que la comptabilité des travaux.» (Institut canadien des comptables agréés, 2006, cité par le Grand dictionnaire terminologique)
Définition experte 2
« Logiciel gérant un ordinateur, indépendant des programmes d’application mais indispensable à leur mise en œuvre. » (Commission d’enrichissement de la langue française [France]), FranceTerme, 2000)
Avant de me mettre à rédiger, j’ai senti le besoin de vérifier dans le Grand dictionnaire terminologique la signification des cinq mots suivants : interface, programme, processeur, mémoire, périphérique.
À partir de cette information, j’ai rédigé trois définitions selon trois logiques différentes.
- 1re logique : donner une idée générale de ce qu’est le système d’exploitation, puis l’expliquer.
- 2e logique : partir d’une expérience connue, la mise à jour du système d’exploitation, pour développer la définition.
- 3e logique : présenter ce que gère le système d’exploitation (mémoire, processeur, etc.) puis donner une définition. C’est une définition où j’ai tenté de construire la compréhension étape par étapes.
Première définition : idée générale puis explication
Le système d’exploitation est le logiciel de base d’un téléphone intelligent, d’une tablette ou d’un ordinateur. C’est une série d’instructions comprises par l’ordinateur, qui lui permettent d’exécuter ses tâches. Ces tâches sont liées à des applications différentes (météo, réseau social, clavardage, GPS, etc.). Le système d’exploitation permet aux applications de fonctionner et même de le faire simultanément (mise à jour des courriels pendant que l’on consulte la météo, par exemple). C’est aussi ce système qui nous permet de communiquer facilement, avec notre tablette entre autres, grâce à ce qui s’affiche à l’écran (icônes des applications, espaces pour écrire, écrans qui déroulent, etc.). Le système d’exploitation est souvent mis à jour. Cela permet de modifier les instructions données à l’ordinateur pour qu’il effectue ses tâches de façon plus efficace.
Deuxième définition : d’une expérience connue vers l’inconnu
Un téléphone intelligent, une tablette ou un ordinateur sont tous des ordinateurs. De temps à autre, ils nous avertissent qu’ils doivent faire une mise à jour. À ce moment-là, c’est le système d’exploitation qui doit être modifié, amélioré. De nouvelles instructions sont alors téléchargées dans l’ordinateur pour qu’il fonctionne mieux. Ces instructions sont formulées dans un langage compris par l’ordinateur. L’ensemble des instructions de base qui font fonctionner un ordinateur forment un logiciel (souvent appelé « programme » dans le langage courant). Le système d’exploitation est le logiciel de base de l’ordinateur. Sans lui, l’ordinateur ne pourrait pas effectuer toutes les tâches que nous lui confions. Sans lui, les nombreuses applications que nous utilisons (météo, clavardage, traitement de texte, journaux, etc.) ne pourraient pas fonctionner.
Troisième définition : comprendre A pour comprendre B, construire le savoir
Qu’est-ce que le système d’exploitation d’un ordinateur (ou d’une tablette, ou d’un téléphone intelligent)? Pour le comprendre, il faut avoir en tête les composantes d’un ordinateur. Retenons-en trois : le processeur, la mémoire, l’écran. Le processeur est aussi appelé l’unité centrale de traitement. Il exécute les instructions qu’il reçoit : effectuer un calcul, déplacer un paragraphe dans un texte, envoyer un courriel, classer des données. Pour faire son travail, il consulte l’information dans la mémoire et il utilise la mémoire comme un humain étend des documents sur une table quand il fait sa déclaration de revenus. Quand il a terminé le travail, il affiche les résultats à l’écran. Le système d’exploitation, c’est l’ensemble des instructions de base données à l’ordinateur pour exécuter ses tâches, utiliser efficacement la mémoire et afficher les résultats à l’écran. On dit qu’il est le logiciel de base de l’ordinateur. Sans lui, les applications (météo, courriel, GPS et autres) ne fonctionneraient pas.
Réactions de ma marraine : la plus simple est la première
J’ai partagé les trois définitions par courriel et ma marraine m’a donné son avis de la même manière.
Voici son verdict.
- Première définition : simple, facile à comprendre
- Deuxième définition : complémentaire de la première
- Troisième définition : complémentaire, mais complexe
Évidemment, il s’agit ici de définitions relativement courtes. Si je disposais de 1000 ou de 3000 mots, j’utiliserais probablement la première définition comme base, mais je pourrais expliquer davantage.
Dire ce qu’on a à dire, puis le préciser
Je persiste à croire que les définitions du premier type sont souvent efficaces. Par exemple, si quelqu’un demande ce qu’est la mécanique quantique, on peut commencer la définition par cette vue d’ensemble : c’est la science des atomes. L’allodynie? Une maladie qui rend douloureux les touchers agréables comme les caresses. L’avantage de faire débuter une définition par une vue d’ensemble, c’est de permettre aux personnes qui nous lisent d’y greffer la suite de la définition. Pour donner un contre-exemple, je dirais que débuter la définition de « REER » par « produit financier » me semble beaucoup moins pertinent que de dire qu’il s’agit d’un mode d’épargne. Bref, pour le dire avec un brin d’humour, une bonne définition débute par une bonne définition, courte, générale, incomplète, mais utile.
Malgré les apparences, cette définition initiale n’est pas facile à formuler. Quand je réfléchissais à la définition de « système d’exploitation », je posais la question suivante à des personnes qui se débrouillent en informatique : dis-moi en une ou deux phrases ce qu’il faut savoir d’essentiel sur le système d’exploitation. J’ai constaté que presque tout le monde a hésité avant de formuler une réponse.
Les détails qui perdent le destinataire profane
La troisième définition, jugée complexe, contient trop d’aspects inconnus de ma destinataire (probablement mal présentés de surcroît). La mémoire et le processeur sont des réalités invisibles, nébuleuses. Ce que tout le monde connaît, ce sont les applications, les mises à jour, l’écran. Cette définition a perdu ma destinataire dans des détails inutiles. Conclusion : les détails doivent être choisis avec soin.
La difficulté de vulgariser quand on n’est pas expert
Il est plus difficile de vulgariser un concept dont on n’est pas expert. D’ailleurs, des experts pourraient trouver des inexactitudes dans mes définitions ou trouver que j’ai trop simplifié.
Une comparaison avec le cerveau aurait-elle été plus simple?
Quelqu’un m’a suggéré de rédiger une définition plus simple en comparant la tablette à un cerveau humain. Comment devrais-je alors expliquer le système d’exploitation? Est-ce que ce sont les connaissances qu’on a acquises dans notre famille et à l’école qui permettent au cerveau d’exécuter différentes tâches? J’avoue que je ne sais pas comment exploiter ce filon. Si vous y arrivez, j’aimerais voir ce que ça donne.
Au terme de l’exercice, je garde ma préférence pour le premier type de définition, bien que je reconnaisse la valeur des deux autres.
J’en ressors aussi plus humble. Expliquer simplement des choses complexes n’est pas un exercice facile. Il y faut du temps et plusieurs essais. Je sais que j’aurais dû y mettre encore une heure ou deux.
Cette expérience me ramène aux propos de Boileau que l’on cite moins souvent :
« Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure » (L’art poétique) -
De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le traduire arrivent aisément.
Au quotidien, mon monde professionnel, c’est la traduction législative. Et la traduction législative, en fin de compte, c’est de la rédaction législative : on a beau se rappeler qu’on traduit des notions qui ne sont pas nôtres dans un texte dont l’organisation générale est hors de notre contrôle, la version française qui en résulte est entièrement l’ouvrage de notre propre créativité.
Depuis quelque temps, j’observe le travail de rédacteurs législatifs qui débutent dans le métier, et celui des traducteurs qui les suivent quelques pas derrière dans le procédé de traduction des textes de loi, et je constate à quel point il est à la fois difficile et crucial de cultiver sa capacité de percevoir, en premier lieu, puis de concrétiser, en second lieu, les liens sémantiques qui existent latents entre les idées qu’on cherche à exprimer.
Un peu comme les forces invisibles qui font osciller en tandem planètes et satellites, les idées flottent au-dessus de la page, s’attirent, se repoussent et s’entrechoquent jusqu’à ce qu’on saisisse au vol l’essence qui permet enfin de cimenter le rapport qui existe entre ces idées et de les situer avec précision dans l’esprit du lecteur.
Que ce soit en traduisant ou en révisant, je laisse bien souvent mon esprit papillonner jusqu’à ce qu’il reconnaisse et solidifie la matière sombre qui enveloppe les concepts présents dans le texte de départ, un peu comme quand le mot juste nous échappe depuis un peu trop longtemps, mais tout en accueillant ce moment d’incertitude qui annonce inévitablement l’eurêka tant attendu.
Ce lien en gestation est pourtant essentiel à l’expression efficace des idées. Sans ce lien, le rédacteur ou le traducteur cherche à agencer un ramassis d’idées informe qu’il rafistole à tâtons, sans jamais trouver ni satisfaction ni résolution et que, de toute façon, son lecteur aurait peiné à comprendre. Mais s’il arrive à cerner la nature de la relation entre ces idées, soudain son chemin s’éclaire et la destination se révèle. Et son lecteur suivra ses pas sans se douter des efforts qui lui auront aplani le chemin.
Je vous laisse sur ces sages paroles de Nicolas Boileau :
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. -
Quelles sont les caractéristiques d’un texte fluide?

Quand je lis un bon texte, je reconnais qu’il est fluide. Je le sais, j’en fais l’expérience; j’en jubile parfois. Mais, si on me demande d’expliquer cette fluidité, j’hésite. La fluidité d’un texte c’est comme l’amour ou la beauté : plus facile à reconnaître qu’à expliquer.
Pourtant, il faut bien comprendre un peu cette fluidité si nous voulons améliorer nos textes. C’est ce que je tente ici.
Je ne prétends pas donner une explication exhaustive ou définitive de la fluidité ni percer le mystère des chefs-d’œuvre de la littérature. Je cherche simplement comment bonifier les textes que nous écrivons tous les jours au travail : courriels, rapports, dépliants, brochures, etc.
Fluidité : cohésion, progression, clarté et légèreté
Je tente une définition. Un texte est fluide par l’effet conjugué de :
- sa cohésion,
- sa progression,
- sa clarté,
- sa légèreté.
Avant de préciser chacun de ces aspects, il est utile de distinguer les idées et l’écriture ou, pour le dire autrement, le fond et la forme, ou encore, ce qu’on dit et la manière de le dire. J’utilise ici le mot idée en lui donnant un sens large qui englobe les concepts et les sentiments; les idées complexes autant que les idées noires…
Voyons d’abord comment cette distinction idées-écriture s’applique à la cohésion du texte.
Cohésion : les liens solides entre les idées
La cohésion est un « lien logique solide entre les parties d’une pensée, d’un ouvrage, d’un texte » (Usito). Puisque c’est une affaire de pensée, c’est donc une affaire d’idées. La Banque de dépannage linguistique précise d’ailleurs que « c’est d’abord le lien entre les idées qui assure la cohésion d’un texte.»
La cohésion est aussi une question d’écriture. Les charnières explicites et implicites y contribuent. Ces en conséquence, d’une part… d’autre part, à l’inverse, en définitive et les dizaines d’autres charnières explicites établissent clairement les relations entre les idées, entre les parties du texte. Les charnières implicites (articles définis, adjectifs démonstratifs et possessifs, pronoms, adverbes) font le même travail, comme on le constate dans les phrases suivantes (où elles sont en caractère gras).
- À toute heure, le locataire du 304 fait jouer sa musique à tue-tête. Ses voisins sont exaspérés.
- Tu ne connais pas le Grand marché? On y trouve beaucoup d’agriculteurs de la région.
En précisant les différents « synonymes » du mot charnière, Antidote[1] montre bien qu’il s’agit d’un élément clé de la cohésion : « Selon le contexte théorique, le mot charnière peut aussi être désigné par les expressions marqueur (de relation), organisateur textuel, mot lien ou connecteur. »
Mais il n’y a pas que les mots qui assurent la cohésion des idées. Les signes de ponctuation servent aussi à « marquer… certains liens logiques[2] ». En voici quelques exemples tirés de la 16e édition du Bon usage :
- l’alinéa marque le passage « d’un groupe d’idées à un autre[3] »;
- la virgule est placée entre des éléments coordonnés ou subordonnés[4];
- le point-virgule « unit des phrases grammaticalement complètes, mais logiquement associées[5] », « son rôle est surtout logique[6] »;
- les deux points « annoncent l’analyse, l’explication, la cause, la conséquence, la synthèse de ce qui précède (c’est un moyen précieux pour suggérer certains rapports logiques)[7] »
Bref, la cohésion c’est un lien entre les idées qui est intelligible par les lectrices et lecteurs et qui s’établit d’abord par les relations des idées entre elles, mais aussi, lorsque nécessaire, par les charnières explicites et implicites, et souvent par la ponctuation.
On pourrait aussi ajouter les intertitres à cette liste d’éléments connecteurs.
La cohésion en termes liquides
Les explications qui précèdent sont données sans référence à l’eau alors qu’il est question de fluidité, une propriété des liquides. Qu’est-ce que la cohésion en termes liquides? Permettez-moi une anecdote. Quand elle était enfant, ma fille m’avait dit, pendant qu’elle s’amusait dans une piscine : « Quand on se baigne, il n’y a pas de trou dans l’eau, l’eau est collée sur nous. »
La cohésion est une pensée sans trous. Dans un texte cohérent, tout se tient, comme les gouttes d’eau dans la piscine.
Mais la fluidité d’un texte s’apparente davantage à une rivière qu’à une piscine. Cette rivière, c’est le flot continu d’idées qui suivent leur cours en passant sous les yeux et dans l’esprit des personnes qui lisent. Ce qui nous amène à la progression.
Progression : une pensée qui avance
En lisant le roman de Bernard Pivot sur la vieillesse, j’ai souvent trouvé des exemples de cette progression des idées qui contribue à la fluidité. Je vous en donne un.
Le narrateur est un octogénaire qui rencontre régulièrement ses amis du même âge dans différentes activités sociales. Quand il dit « nous », c’est à ce groupe qu’il se réfère. Le paragraphe qui m’intéresse parle des privilèges de la vieillesse. Le voici. J’y ai ajouté deux courtes parenthèses pour la clarté.
« Reste que le privilège [de la vieillesse] que nous apprécions le plus, c’est d’être toujours en vie. On en a perdu en route [des amis]. Ils n’étaient ni meilleurs ni moins méritants que nous. Leur billet n’était pas de longue durée. Quand ils ont découvert, dans leur sac ou dans leur poche, le bon de sortie, c’était trop tard. Nous, ça va. À peu près. “Touche du bois”, me dit Octo à chaque fois. Notre petit groupe de vieux amis a la chance de ne compter que des hommes et des femmes sur pied, ni cloués au lit ni assis dans un fauteuil, roulant ou pas. »
Trois choses me frappent dans ce paragraphe :
- la pensée se déroule et avance au fil des idées apportées par chaque phrase (c’est précisément cela la progression);
- il n’y a que des charnières implicites (c’est peut-être plus facile dans un roman que dans un document administratif);
- le rythme change grâce à l’alternance de phrases longues et courtes qui créent respectivement un sentiment de ralentissement et d’accélération.
La progression des idées n’empêche pas :
- de formuler la même idée de différentes manières pour la faire comprendre (parce qu’elle est complexe ou subtile, par exemple);
- de répéter les mêmes expressions à quelques phrases d’intervalle parce qu’elles se seront chargées de sens entre les deux occurrences.
La progression du texte relève autant de la succession des idées que de l’écriture avec, peut-être, qu’en pensez-vous? une prépondérance des idées.
La clarté : des idées faciles à comprendre
J’aurais pu nommer la clarté comme première caractéristique de la fluidité puisqu’il ne suffit pas que les idées du texte soient liées logiquement et naturellement entre elles pour qu’il soit fluide. Il ne suffit pas non plus que les idées assurent une progression de la pensée. Il faut aussi qu’elles soient claires, faciles à comprendre, rapidement assimilables. Un texte fluide est une succession d’idées claires qui font cheminer les lectrices et les lecteurs.
Que se passe-t-il quand, comme lectrice ou lecteur, nous butons sur une phrase ou une succession de phrases obscures? Soit nous poursuivons la lecture en espérant comprendre plus loin, soit nous relisons plus lentement cette partie obscure du texte et tentons de voir comment cela se rattache à ce qui précède. Dans les pires cas, cette partie du texte contenait une idée majeure qui nous échappera jusqu’à la fin de notre lecture et nous n’aurons pas compris, ou seulement à moitié, ce qu’on voulait nous dire.
La clarté n’exclut pas la complexité. Un texte, dans son ensemble, peut exposer une pensée complexe, élaborée, profonde, voire ardue, mais s’il est fluide, et donc clair, cette pensée sera développée graduellement par une succession de phrases claires. C’est la progression des idées qui nous fera entrer dans la complexité.
La légèreté : que le nécessaire
La légèreté dont je veux parler ici est celle de l’écriture, pas celle des idées. On peut tenir des propos sérieux, avec une écriture légère. Au risque de trop simplifier, je qualifierais ainsi cette légèreté de l’écriture : pas un mot de trop. Ou, pour être plus précis, tous les mots nécessaires, aucun mot superflu.
Parmi les différentes significations de l’adjectif lourd, le dictionnaire Usito consigne notamment celle-ci : « Qui comporte des répétitions ou des longueurs qui gênent la fluidité de l’œuvre, en parlant d’un style, d’un écrit. »
Je suis toujours étonné, quand je révise les textes que j’écris, par le nombre de mots que je peux supprimer sans gâcher une phrase, sans en perdre de sens. Disons-le positivement : pour rendre la phrase plus légère, il suffit souvent d’enlever quelques mots. Quand on sarcle ces mauvaises herbes à la grandeur du texte, on obtient des plates-bandes pas mal plus jolies pour l’œil et l’esprit. À ce jardinage,
- le spécialiste en matière d’environnement
devient
un spécialiste en environnement; - monsieur Bédard qui agissait à titre de porte-parole
devient
monsieur Bédard, porte-parole.
Si on ne se contente pas d’élaguer, mais qu’on reformule, on peut aller très loin. À partir d’un premier jet formulé ainsi :
- Du côté d’Étienne, il fait partie de la troisième génération de producteurs de légumes. C’est un jeune homme qui est diagnostiqué depuis quelques années d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, ce qui ne l’empêche pas d’être au travail chaque matin et d’accomplir les tâches multiples, variées et éreintantes incontournables sur une ferme.
On peut obtenir :
- Étienne appartient à la troisième génération de maraîchers. Il est jeune, mais atteint d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, mais ne l’empêche pas d’accomplir chaque jour les exigeantes tâches de la ferme.
Bref, un style aisé, facile et naturel
On parle de fluidité du texte ou de style coulant. C’est la même chose. Le dictionnaire Usito attribue trois qualités à ce style. Il est aisé, facile et naturel. C’est une bonne façon de résumer les choses. Cela nous situe clairement du côté des lectrices et des lecteurs et du sentiment qu’ils éprouvent en lisant, même un texte costaud.
Mais si c’est aisé pour les personnes qui lisent, cela ne signifie pas pour autant que ce fut facile à écrire. Aisance de la lecture n’est pas nécessairement aisance de la rédaction[8].
[1] Antidote est un logiciel québécois d’aide à la rédaction produit par Druide informatique.
[2] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 126.
[3] id., page 128.
[4] Pour pousser un brin plus loin la réflexion sur la virgule comme charnière implicite, je vous suggère, sur ce blogue, le billet de Caroline Tremblay intitulé De l’utilité de la virgule devant le « et » en français comme charnière implicite.
[5] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 142.
[6] id., page 141.
[7] id., page 142.
[8] Easy reading is damn hard writing, Nathaniel Hawthorne, écrivain américain, 1804-1864.
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Stylistique comparée au petit-déjeuner

Qui n’a jamais lu (et relu) au petit-déjeuner l’emballage de son paquet de céréales ou de la brique de lait? Habitude d’enfant peut-être, ou sorte de compulsion de l’esprit qui lui aussi veut se mettre quelque chose sous la dent sûrement!
Voici donc que je me suis retrouvée fascinée devant le message publicitaire de mon lait végétal belge, message produit en néerlandais, anglais et français.
L’occasion inespérée de se rappeler quelques traits essentiels de stylistique anglais-français :
- L’hypotaxe/La parataxe
- La prosodie
- La dépersonnalisation (1re/3e personne)
Parce que (1 et 2) l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation, cela fait plus de 60 ans que XYZ (3) partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant. At XYZ, we have been sharing our expertise in organic vegan products for more than 60 years. Living in harmony with nature starts with better eating and respect for the living world and brings us and nature closer together. L’hypotaxe/La parataxe
Hein quoi! Une phrase qui commence par « parce que »! Il est en effet possible d’utiliser cette conjonction de subordination en début de phrase lorsque celle-ci introduit le thème (ce dont on parle, souvent le sujet) et non le propos (ce qu’on en dit); la conjonction est alors antéposée. C’est un cas plus rare, mais qui permet un effet d’insistance sur le thème[1]. On remarque enfin en français que les deux informations sont subordonnées contrairement à l’anglais qui en fait deux phrases distinctes.
La prosodie
Imaginons ici que l’on renverse thème et propos : « Cela fait plus de 60 ans que XYZ partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant parce que l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation ». Le tout semble pataud. C’est parce que le rythme naturel du français est d’allonger la dernière partie du groupe de sens. Pensons par exemple aux phrases commençant par un verbe antéposé pour faire une inversion verbe-sujet : « Sont admissibles…. », « S’ajoute à cela », etc.
La dépersonnalisation
Par contamination de l’anglais, nous sommes presque habitués à des tournures comme « À ABC, nous […] ». Mais est-ce si naturel et élégant en français? Delisle nous rappelle qu’« il est fréquent que les rédacteurs anglo-saxons s’adressent directement à leurs lecteurs, là où un auteur de langue française préférera rester impersonnel[2] ». En fait, dans le cours Simplifier sans niveler par le bas (volet II), François Lavallée démontre qu’il est courant et naturel pour une entreprise de parler d’elle-même à la troisième personne en français. De fait, c’est ce qu’on voit ici. Et si on faisait la même chose dans nos traductions?
[1] Voir, p. ex., RIEGEL, PELLAT et RIOUL. Grammaire méthodique du français. PUF, 2021 : p. 850-851.
[2] DELISLE, Jean. La traduction raisonnée, 3e édition. Presses de l’Université d’Ottawa, 2013 : p. 537.
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Révision commentée n° 5

Le dernier article de notre série de révisions commentées vous en donne pour votre argent! On y traite dans le menu détail ― mais toujours avec humour! ― de la révision de la note explicative d’un projet de loi, mais également des facteurs émotionnels et relationnels qui entrent en jeu quand s’entrechoquent les intérêts parfois opposés du traducteur, du réviseur, du donneur d’ouvrage et du lecteur. Parmi la myriade de stratégies abordées, notons :
- séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair;
- rédiger et réorganiser pour servir le message;
- scruter l’âme de son traducteur;
- gérer la confiance et le bien-être de son lecteur;
- survivre aux exigences du client et panser ses plaies;
- éliminer les ambiguïtés, couper dans le gras, gérer ses pronoms et bien d’autres encore!
Merci à celles et à ceux qui nous ont suivi tout au cours de la série. Comme toujours, vos commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus! Au plaisir de vous lire!
Anglais 1This Bill makes several amendments to The Police Services Act.
2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position.
3The Director of Policing may establish standards respecting police service operations, facilities and equipment. The criminal intelligence director is responsible for creating standards dealing with criminal intelligence. The Manitoba Police Commission monitors police service compliance with policing standards.
4A code of conduct for police officers in Manitoba police services may be established by the Director of Policing. The chief of a police service must provide the Director of Policing with a report on each contravention of the code of conduct by a police officer.
5The Law Enforcement Review Act is also amended by this Bill to extend the time for filing complaints under that Act from 30 days to 180 days.
6Consequential amendments are made to several Acts.Traduction 1Le présent projet de loi modifie la Loi sur les services de police.
2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.
4De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles est chargé d’établir des normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles. La Commission de police du Manitoba surveillera l’observation des normes de maintien de l’ordre par les services de police.
5En outre, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir un code de déontologie à l’intention des agents de police des services de police de la province. Le chef d’un service de police remet au directeur du Maintien de l’ordre un rapport sur chaque contravention au code de déontologie que commentent les agents de police du service.
6Le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes.
7Enfin, des modifications corrélatives sont apportées à plusieurs lois.Révision 1Le présent projet de loi apporte plusieurs modifications à la Loi sur les services de police.
2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements.
3De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police et la Commission de police du Manitoba en surveillera l’observation. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles, pour sa part, établira les normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles.
4Le directeur du Maintien de l’ordre peut en outre établir un code de déontologie à l’intention des agents de police. Les chefs de police doivent lui remettre un rapport chaque fois que les agents de police de leur service y contreviennent.
5Enfin, le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes et des modifications corrélatives sont également apportées à plusieurs lois.Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b030.pdf Séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair
À la première lecture, le texte semble d’ores et déjà nous dire qu’il est à l’étroit dans ses habits et on ne peut s’empêcher de se demander si un remaniement ne lui permettrait pas de mieux respirer. Il serait cruel d’ignorer la détresse d’un texte qui nous susurre son besoin d’être reformulé. Bien que la traduction de textes de loi nous laisse souvent bien peu de latitude quant au choix des idées à exprimer, nous avons en revanche le devoir de chercher à les présenter de la façon la plus intelligible possible. À plus forte raison dans les notes explicatives, où l’accessibilité et le souci du lecteur priment.
On prendra d’abord le soin d’analyser la traduction pour s’assurer que tous les éléments de sens de l’anglais s’y trouvent. On pourra ainsi mettre cet aspect de côté et mieux diriger son attention vers la rédaction. Analyser trop d’aspects en même temps crée une charge mentale qui épaissit le brouillard et on ne voit plus son chemin. Après avoir établi le sens, vous vous sentirez souvent davantage de liberté et de maîtrise au moment du remaniement et votre conquête n’en sera que plus efficace.
Donc, hormis quelques éléments mineurs qu’il nous faudra corriger, maintenant qu’on a établi que le sens y est et que la terminologie du projet de loi est bien appliquée, on peut se tourner vers le sujet principal de la présente note (***gros plan dramatique***) : LA RÉORGANISATION DES IDÉES!
Rédiger pour répondre à ses besoins
Lorsqu’un élément est difficile à intégrer dans une phrase mais qu’il doit être rendu, les traducteurs oublient parfois que si aucune solution simple et élégante ne s’impose pas, il faudra plutôt remanier le reste de la phrase de manière à nous guider sans accrocs à l’idée qui importe.
Une des principales raisons qui ont amené le réviseur à chercher à remanier la note explicative, c’est justement que les termes qui s’y trouvent sont lourds et difficiles à porter. Il fallait donc rédiger l’ensemble de la note de façon à bien les mettre en vedette tout en leur donnant une place et un poids plus appropriés. De toute évidence, on n’a pas pu atteindre ce but en s’en tenant à la structure de l’anglais. Notre réalité est différente et il fallait en tenir compte.
Offrons-nous donc une vue d’ensemble sur l’ampleur du défi en dressant tout de suite la liste de quelques-uns des termes qui ont été fixés dans le projet de loi et que nous serons généralement tenus d’employer dans la note :
criminal intelligence director directeur des renseignements sur les activités criminelles criminel intelligence renseignements sur les activités criminelles Director of Policing directeur du Maintien de l’ordre Manitoba Criminal Intelligence Centre Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles Manitoba Police Commission Commission de police du Manitoba policing standards normes de maintien de l’ordre D’emblée, deux défis s’esquissent à l’horizon : 1) les termes employés en français sont beaucoup plus longs qu’en anglais (du double!) et 2) on a deux directeurs dont les noms sont relativement différents en anglais mais de structure semblable en français. Il sera donc particulièrement important de bien placer ces éléments de manière à limiter les répétitions interminables et à maintenir une opposition claire entre les termes semblables. Ce défi peut sembler simple en soi, mais il est suffisamment important pour qu’il s’agisse du principal objectif de notre reformulation.
Si l’anglais se complaît dans la répétition, il a l’avantage de pouvoir justifier son vice en s’exécutant en peu de syllabes et devant un public habitué. Or les termes équivalents en français sont ici plus lourds à porter, d’autant plus que notre lecteur s’attend à mieux et qu’on dispose d’un arsenal plus riche pour éviter les répétitions. Ainsi, notre remaniement devra bien sûr être guidé par la logique des idées, mais aussi par la nécessité d’agencer judicieusement les mots qui les véhiculent. Puisque cette difficulté n’est pas présente dans l’anglais, il nous faut adopter une stratégie différente en français.
La table étant mise, attaquons-nous maintenant au texte, paragraphe par paragraphe.
Paragraphe 1
Anglais 1[…] makes several amendments to […]. Traduction 1[…] modifie […]. Révision 1[…] apporte plusieurs modifications à […]. Cette correction peut sembler toute simple, mais la raison pour laquelle la révision a choisi de rester plus près de l’anglais n’est pas anodine : cette mise en scène permet déjà au lecteur de se mettre dans le bon état d’esprit en s’attendant à se voir présenter plusieurs idées.
Cette correction vous met vous aussi dans le bon état d’esprit puisque chercher la meilleure façon de guider le lecteur dans la bonne direction avec le moins d’effort possible sera le fil conducteur de nos discussions.
Paragraphe 2
Anglais 2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position. Traduction 2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.Révision 2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements. Division des paragraphes
Constatons d’entrée de jeu que la traduction a recours à deux paragraphes alors que l’anglais n’en a qu’un seul … mais pourquoi? Le réviseur a beau chercher à sonder les profondeurs de l’âme du traducteur, en l’absence d’explications, il ne peut qu’en deviner les motifs. Peu importe, le réviseur doit quand même se poser la question, y réfléchir et trancher puisqu’il devra soit valider le choix du traducteur, soit justifier sa décision de s’en éloigner. Scinder ou ne pas scinder, là est la question…
On pourra envisager de scinder un paragraphe quand les idées exprimées sont suffisamment différentes ou disjointes pour le justifier, mais ici, les paragraphes 2, 3 et 4 de l’anglais présentent chacun des sujets distincts et on vient créer un déséquilibre en français en insérant un paragraphe 3. On se retrouverait avec deux paragraphes sur le même sujet (2 et 3) puis deux autres paragraphes sur deux autres sujets. On pourra revoir la pertinence de scinder le paragraphe après notre reformulation — puisque c’est bien dans cet ordre qu’on devrait habituellement procéder —, mais au premier regard, il semble qu’on aurait d’abord avantage à tenter de regrouper l’information de l’anglais dans une suite d’idées se déclinant logiquement et doucement sur le long fleuve tranquille d’un même et seul paragraphe. Il est d’ailleurs beaucoup plus fréquent que le français regroupe deux paragraphes en un que l’inverse, bien qu’on rencontre effectivement les deux cas de figure.
Voyager sans perdre ses bagages
La révision a fait subir une cure de rajeunissement substantielle au paragraphe 2, à tel point qu’il risque de ne plus se reconnaître dans le miroir. Mais une telle cure n’est pas sans risque : sans s’imposer certaines mesures de sécurité, à force de mélanger les cartes, le roi de cœur risque de devenir un deux de pique.
Les traducteurs souffrent bien souvent d’une anxiété débilitante à l’idée de s’éloigner de la structure de l’anglais, de crainte que cette migration leur fasse perdre des éléments de sens; or, si on souhaite aspirer à une certaine liberté face à l’anglais, il nous faut des outils nous permettant d’assurer qu’aucun élément de sens n’a raté sa correspondance. Donnons-nous donc, de ce pas, la quiétude d’esprit de savoir que la totalité des idées demeurent présentes, qu’on puisse passer à autre chose.
Afin de bien repérer l’emplacement des diverses idées avant et après le grand dérangement, […]
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Révision commentée n° 4

Je vous souhaite la rebienvenue à notre série de révisions commentées! Semaine 4 déjà! Merci à tous ceux qui nous suivent assidûment! Cette semaine au menu : pronoms, mots tapageurs, reformulation, tournures passives, expression naturelle et contexte! Comme toujours, prenez le temps de bien réviser le texte vous-même d’abord, histoire de tirer le maximum de notre discussion. À table!
Le texte en gris est nécessaire à la révision, mais n’en fait pas partie.
Anglais Name of child
3(9.1) Subject to subsection (9.4), the name of a child shown on the registration of the child’s birth must consist of
(a) at least one given name; and
(b) a surname, which must not consist of more than four names.
[…]
Single name
3(9.4) A child may be given a single name that is determined in accordance with the child’s traditional culture if
(a) the person or persons registering the child’s birth provide the director with the prescribed evidence, if any; and
(b) the director approves the single name.Traduction Nom de l’enfant
3(9.1) Sous réserve du paragraphe (9.4), le nom indiqué sur le bulletin d’enregistrement de naissance d’un enfant doit comporter au moins un prénom et un nom de famille, ce dernier devant être composé d’au plus quatre noms.
[…]
Nom unique
3(9.4) Un nom unique déterminé conformément à la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné si les conditions qui suivent sont réunies :
a) la ou les personnes qui font enregistrer la naissance de l’enfant fournissent au directeur les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant;
b) le directeur approuve le nom unique.Révision Nom unique
3(9.4) Le directeur peut, à sa discrétion, approuver un nom unique, déterminé selon la culture traditionnelle de l’enfant, si la ou les personnes qui font enregistrer la naissance lui fournissent les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant.Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b236.pdf Éviter d’utiliser un pronom pour viser un nom qui se trouve dans un complément déterminatif
Dans le passage « la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné », « de l’enfant » détermine « culture »; l’usage du pronom lui peut difficilement viser un nom situé à l’intérieur d’un complément déterminatif et on évitera cet usage. Le lecteur peut même se demander si le mot visé ne se trouverait pas plutôt dans le paragraphe précédent. Une solution possible serait d’employer « peut être donné à ce dernier », « ce dernier » ne pouvant alors viser que le premier mot masculin qui précède. On décidera ensuite si ce choix est idéal dans le contexte, mais au moins, on aura éliminé l’ambiguïté.
Remplacer les mots tapageurs
Dans l’expression « déterminé conformément à la culture traditionnelle », « conformément à » prend ses aises : il est déjà difficile de placer ce passage obligatoire et lourd, s’il est possible de lui donner une empreinte moins large, on ne devrait pas s’en gêner. « selon », par exemple, ferait très bien l’affaire. N’hésitez pas à chercher les simplifications dans les passages lourds ou encombrants; le lecteur vous en remerciera.
Quand reformuler?
Vous constaterez que la révision proposée est une reformulation complète de la traduction qui nous a été soumise. Mais comment décide-t-on de complètement refaire une disposition? En effet, il n’est pas toujours simple pour le réviseur de décider d’opter pour une solution aussi drastique : si le traducteur a toute la liberté du monde pour tester les tournures qu’il veut, le réviseur doit pour sa part tenir compte du fait qu’il annule le travail du traducteur et qu’il s’immisce dans son œuvre, parfois sans en comprendre toutes les implications et sans connaître les raisonnements ou consultations qui auraient mené au texte à réviser. Néanmoins, si on cherche à créer le meilleur texte possible, il faut envisager cette option et savoir agir quand cette solution de phénix s’impose.
Les paragraphes qui suivent exposent les principaux éléments du texte — le sujet indéfini, la tournure passive, l’expression de l’intention et le contexte — qui, collectivement, viennent chacun ajouter un degré d’intensité à l’impératif de reformuler le tout ou, à tout le moins, de tenter de voir s’il ne dormirait pas dans l’ombre une meilleure formule qui ne cherche qu’à être réveillée. Souvent, il faudra d’abord tenter la reformulation avant de pouvoir établir qu’il existe effectivement un résultat plus heureux au détour. Vous devrez donc investir le temps nécessaire pour essayer quelques tournures — une douzaine pour moi, dans ce cas-ci. Pour ce qui est de savoir quand arrêter de chercher, le réviseur n’aura d’autre choix que de se fier à son instinct.
Explorons donc ensemble les éléments principaux qui nous ont mené à chercher une reformulation.
Sujets indéfinis et tournures passives
Il est parfois acceptable qu’une phrase débute par un article indéfini, mais il est sage de se questionner sur son bien-fondé quand on y recourt. Ici, il s’agit bien d’un seul « nom unique » et l’usage n’est pas fautif, mais à la révision, on se questionnera néanmoins sur son utilité. De plus, cet article indéfini est à la tête d’une tournure passive (« être donné »), ce qui rend le résultat d’autant moins heureux. Tâchez, tant à la traduction qu’à la révision, d’explorer les options possibles avant de conclure à l’usage d’un article indéfini en tête de phrase ou de recourir à une tournure passive, mais gardez quand même à l’esprit que ces outils rédactionnels demeurent à votre disposition et qu’ils sont parfois nécessaires ou inévitables.
Expression naturelle de l’intention du législateur
Faisons un survol de la forme que prend la disposition à réviser : une règle générale permet qu’un nom unique soit donné, des conditions sont ensuite établies dans des alinéas et l’ensemble des acteurs devant jouer un rôle pour réaliser la règle générale se trouvent dans ces alinéas. On peut d’emblée reconnaître que c’est bien la structure que l’anglais nous propose, et que ça ne peut forcément pas être si mal que ça…, mais est-ce vraiment le cas? Pourquoi ne pas plutôt rédiger une disposition qui dit directement qui peut faire quoi et à quelle condition? Peut-on faire mieux? Remettez toujours en question la structure que vous propose l’anglais, peu importe l’expérience du rédacteur qui l’a créée; faites-en de même face à la structure que le traducteur aura suivie, peu importe son expérience.
Faites un pas vers l’arrière et demandez-vous : Que dirait-on naturellement si on avait à présenter cette règle? La question peut sembler simple, mais la réponse invoque deux réalités immuables : vous ne pourrez jamais, dans un premier lieu, répondre sans avoir d’abord réfléchi suffisamment profondément à la disposition pour pouvoir cerner et intérioriser exactement l’intention législative qu’on cherche à exprimer et, d’autre part, vous ne pourrez pas savoir si une meilleure tournure existe tant que vous n’aurez pas retourné les idées sous tous les angles pour voir si les options qui se présentent à vous apportent une amélioration. Vous saurez que vous avez trouvé mieux quand vous aurez rédigé une solution plus claire, plus simple, plus directe, plus logique et, bien souvent, plus courte.
Le contexte est roi
On ne pourra comprendre une disposition législative sans en comprendre le contexte, tout comme on ne pourra pas non plus établir l’intention du législateur sans examiner le contexte. Le paragraphe (9.1) énonce une règle générale exigeant qu’un nom soit composé d’un prénom et d’un nom de famille, mais il énonce aussi qu’il existe une exception au paragraphe (9.4). Ainsi, quand vous rédigerez cette exception, il vous faut tenir compte de ce contexte et formuler l’exception de manière à ce qu’elle devienne une extension de la règle générale d’origine. Souvent, vous vous épargnerez bien des répétitions et gagnerez tout autant en clarté.
Aller à l’essence de la disposition pour mieux reformuler
Si on souhaite cerner l’intention du législateur, il faut d’abord aller à l’essence de la disposition. Le paragraphe (9.1) indique d’abord qu’il faut un prénom et un nom de famille, puis (9.4) permet un nom unique. C’est là l’essence de ces deux dispositions. Or, à (9.4), on nous présente également des conditions : le directeur doit approuver le nom et ceux qui enregistrent la naissance de l’enfant doivent soumettre certains éléments de preuve. Quand on se représente ainsi les éléments constitutifs de la disposition, on arrive assez facilement — non que ce soit toujours le cas! — à discerner qu’on permet au directeur d’approuver un nom unique et que la remise des documents constitue en fait la seule condition à cette approbation. La suite logique des idées nous amène alors directement à la révision proposée en début de document.
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Révision commentée n° 3

Heureux de vous revoir pour le troisième article de la série de révisions commentées! Cette semaine, le texte proposé vous demandera une bonne analyse. C’est notre lot : les textes à traduire ne sont pas toujours des plus clairs! N’hésitez pas à consulter le texte en entier au besoin. On traitera également de concision et du besoin d’y aller mollo avec les incises. Prenez le temps de bien réviser vous-même la traduction, puis prenez part à nos discussions!
Anglais I would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.Traduction J’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.Révision J’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer. Source : Décision de la présidence de l’Assemblée législative du Manitoba
Anglais – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.pdf
Français – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.fr.pdfEmplacement de l’incise
Nous devons tous traduire des textes qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas nécessairement rédigés de façon optimale. Parfois, comme ça semble avoir été le cas ici, le texte écrit reflète un discours oral qui, sans intonation ni autre indice habituel, peut devenir un peu plus difficile à déchiffrer à l’écrit. Le traducteur doit alors s’affubler, une fois de plus, de son deerstalker (ne vous en faites pas, j’ai dû chercher le mot moi aussi).
Le rôle de l’incise in reviewing the matter… au sein de la chronologie de la phrase est en effet plutôt nébuleux à la première lecture, mais on semble avoir voulu dire I realized when I reviewed. Ainsi, l’incise se veut un complément d’information à it was not completely clear to me. En situant son incise après « souligner », la traduction indique que l’auteur a procédé au « soulignement » après avoir fait son examen, ce qui s’éloigne du sens voulu. D’ailleurs, that balise l’anglais de manière à mettre I would note résolument derrière nous; pour sa part, la traduction place l’incise avant le « que », choisissant plutôt de persister et de signer en fixant un lien avec « souligner ». La révision déplace donc l’information après le « que » et tente, par le fait même, de se défaire d’une incise qui vient alourdir une phrase quand même déjà très longue.
Soulignons au passage que « le présent cas qui a eu lieu hier » est plutôt lourd et boiteux : il ne s’agit pas du présent cas mais bien du cas qui nous occupait jusque-là, puis la révision a bien fait de se défaire du « qui » et de la proposition qu’il l’accompagne, d’autant plus qu’un autre « qui » suit de près.
Tournons-nous maintenant vers ce fameux at the time qui, malgré son air banal, s’avère crucial pour la compréhension du paragraphe tout entier.
Anglais I would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.Traduction J’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.Révision J’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer. Une lecture attentive de l’anglais nous permet de conclure que l’expression vise le moment où l’incident a eu lieu. Puisque l’auteur nous parle d’abord du moment de son examen pour ensuite traiter de ce qu’il savait au moment de l’incident, on en conclut — bien qu’on puisse en débattre longtemps — qu’il nous informe de la conclusion à laquelle il est venu au moment de l’examen et que cette conclusion porte sur ce qu’il savait au moment de l’incident. Il poursuit d’ailleurs plus loin en ajoutant I also had no knowledge of, ce qui renforce cette lecture. Cette précision temporelle peut sembler anodine, mais on comprend au survol des deux paragraphes qui suivent que la question de savoir ce qui pouvait s’entendre au moment de l’incident importe puisque c’est ce qui a empêché l’auteur de trancher la question dont il a été saisi au moment même où elle a été soulevée.
La façon dont cette question a été abordée dans la traduction méritait certes une modification. Premièrement, « à ce moment-là » présente une ambiguïté déstabilisante puisqu’on ne sait pas si on vise « après avoir examiné », « le présent cas qui a eu lieu hier » ou même « la période des questions ». Deuxièmement, « il n’était pas possible » rend la phrase impersonnelle alors que l’auteur s’exprime sur sa propre compréhension de l’incident et la traduction se contredit en introduisant la première personne à la phrase suivante (« J’ignorais également »). On ne peut bien sûr pas non plus employer « également » s’il n’y a aucun élément précurseur à la même personne. Or la révision a su résoudre les problèmes qu’on vient de soulever, à un léger détail près : il déplace le point de vue exposé dans l’anglais en situant l’analyse de la nature exacte des faits au moment de l’examen du cas plutôt qu’au moment de l’incident. Si on pourrait trouver dommage que le réviseur n’ait pas su rendre cette nuance, on peut tout de même conclure qu’on perd bien peu et qu’en fin de compte, on comprend quand même clairement qu’il n’était pas possible de savoir, point.
Pour ce qui est du « tout simplement », le réviseur a cru bon de se défaire d’encore une autre incise et d’éviter la séparation de « si » et de « il », bien qu’elle ne soit pas fautive en soi. Le traducteur avait sans doute voulu éviter qu’on comprenne qu’il « s’adressait tout simplement », comme s’il s’agissait d’un geste désinvolte, mais cette lecture nous semble peu plausible. Qu’en dites-vous?
Anglais I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table. Traduction J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer. Révision Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer. La traduction de ce dernier passage ne présente aucun problème en soi, mais profitons-en pour nous rappeler que même si le traducteur a l’obligation de rester fidèle au texte source, il a aussi la responsabilité de s’exprimer de la façon la plus claire et la plus concise possible. Ainsi, après toute traduction (ou révision!), on se questionnera sur l’utilité des mots qui peuvent sembler superflus, surtout lorsqu’ils ne se trouvent pas dans le texte à traduire. On peut présumer que le traducteur a senti le besoin d’établir une charnière entre « il n’aurait pas été tenu… » et la phrase qui précède, mais plutôt que d’ajouter un groupe de mots, il aurait été préférable de chercher une tournure mieux adaptée. En l’occurrence, une structure qui correspond à peu près à l’anglais aurait très bien fait l’affaire.
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Révision commentée n° 2

Cette semaine, le deuxième article de la série de révisions commentées traite notamment de concision et de nuances de sens. Prenez bien le temps de réviser vous-même la traduction qui vous est proposée, puis suivez-nous dans nos suggestions!
Anglais WHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues. Traduction que les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances, Révision que le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances, Source : Proposition d’un député à l’Assemblée législative du Manitoba
Anglais https://www.gov.mb.ca/legislature/business/op/41st/4th/op_039.pdf
Français https://www.gov.mb.ca/legislature/business/op/41st/4th/op_038.fr.pdfDevoir de concision
On voit d’entrée de jeu que la traduction a rendu impacts par « répercussions », ce qui est tout à fait acceptable, mais qu’à la révision, on a jugé ce terme redondant. Libre à vous de critiquer ce choix — peut‑être en faisant valoir qu’on devrait respecter les choix de l’anglais et les rendre fidèlement —, mais on peut aussi faire valoir que cette suppression nous fait gagner en clarté vu la longueur de la phrase et la quantité d’éléments à rendre. Après tout, ce sont bien le colonialisme et les écoles résidentielles qui ont mené aux problèmes cités et choisir plutôt de parler de leurs répercussions ajoute une distance qui ne semble ni utile ni pertinente. Mais vous, qu’en pensez-vous? Si vous aviez rédigé l’anglais, seriez-vous offusqué d’apprendre qu’on a omis ce mot?
Nuance!
L’emploi de has led semble indiquer un procédé graduel étalé dans le temps, mais la traduction a opté pour « ont provoqué », ce qui annonce plutôt une conséquence soudaine ou du moins une cause à effet plus directe. S’il est fréquent que les nuances de ce genre se perdent dans la traduction, elles sont pourtant essentielles au message véhiculé et s’inscrivent bien souvent dans une série d’autres choix qui abondent dans le même sens : il n’est pas rare qu’une nuance écorchée vienne créer un déséquilibre ou un malaise ailleurs dans le texte. Ici, le terme « intergénérationnel » vient à son tour renforcer la notion de progression graduelle. La révision a donc préféré le verbe « engendrer ».
Anglais WHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues. Traduction que les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances, Révision que le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances, L’expression amongst Indigenous peoples s’applique logiquement aux trois éléments qui la précèdent. Toutefois, la traduction est formulée de telle sorte que « des Autochtones » ne peut s’appliquer qu’au dernier des éléments. En outre, il serait plus approprié de rendre l’expression par « peuples autochtones ». La révision a cru bon de scinder l’énumération en deux et de reprendre le dernier élément en ayant recours à une tournure verbale : « et que ces derniers … ». On pourrait mettre en doute ce choix qui, s’il se lit bien, a le désavantage de nous faire perdre le lien entre « engendré » et « surreprésentation », quoiqu’on peut bien se l’imaginer. On aurait aussi pu opter pour « de même que la surreprésentation de ces derniers / de ces peuples au sein… ». À vous de juger si cette tournure alourdirait le texte.
Ne pas exacerber les fausses amitiés
Anglais WHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues. Traduction que les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances, Révision que le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances, Dans ce dernier segment, la révision a jugé que « contribuer » avait un sens généralement positif qui ne correspondait pas à l’intention voulue et a opté pour « exacerber ». Le choix de mot n’est pas tout à fait optimal en anglais non plus dans la mesure où on aurait pu choisir un terme plus tranché, bien que ce sens fasse quand même partie des acceptions du terme contribute.
