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  • Propos subversifs sur l’accord du participe passé

    Propos subversifs sur l’accord du participe passé

    Depuis un certain temps, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme de l’accord du participe passé avec le verbe « avoir ». Rappelons cette règle :

    Le participe passé conjugué avec le verbe « avoir » s’accorde en genre et en nombre avec le complément direct si celui-ci est placé avant le verbe.

    Cette règle a l’air compliquée parce qu’elle est exprimée dans un langage théorique. Mais au fond, le principe est simple, et il se comprend beaucoup mieux par un exemple :

    J’ai mangé la pomme.
    MAIS
    La pomme que j’ai
    mangée.

    Selon la réforme proposée par d’aucuns, il faudrait ne jamais accorder le participe passé, de telle sorte que le premier exemple resterait tel quel, mais le second deviendrait :

    La pomme que j’ai mangé.

    Ces réformateurs invoquent pour cela deux motifs :

    1. La règle serait trop difficile à assimiler.
    2. Elle ne serait pas logique.

    Nous allons répondre à ces deux affirmations dans l’ordre.

    La règle serait trop difficile à assimiler

    La règle, nous venons de l’énoncer en moins de deux lignes. Elle se dit en moins d’une minute. Elle comporte seulement un facteur : l’emplacement du complément direct, qui peut être soit avant soit après le verbe, simple choix binaire. Il ne me semble pas exagéré de dire que pour un humain normalement constitué qui est le moindrement concentré sur sa tâche, cette règle s’assimile en moins d’une heure. Dans un régime pédagogique qui consacre autour de deux mille heures sur onze ans à l’enseignement du français, la tâche ne me paraît pas herculéenne. Après, si la pédagogie n’est pas à la hauteur, c’est une autre histoire.

    Si on considère vraiment qu’il faut avoir une intelligence supérieure pour assimiler et appliquer la règle, on dit indirectement aux enfants qui ont du mal à l’assimiler qu’ils sont moins intelligents que les autres (et que les générations qui les ont précédés). Ce n’est pas mon avis, et je crois qu’il est préférable d’enseigner aux enfants à exercer leur logique en analysant une phrase (ce qui fait appel à des habiletés dont l’utilité dépasse de loin l’accord du participe passé) que de considérer qu’ils ne sont pas assez intelligents pour le faire.

    Elle serait illogique : l’histoire du moine impatient

    C’est ici que ça devient intéressant. On nous raconte que si l’accord du participe passé est aussi « bizarre », ce serait parce que dans les premiers temps de notre langue, les moines copistes écrivaient sous la dictée, et que lorsqu’ils arrivaient au participe passé d’un complément qui n’avait pas encore paru dans le texte, ils ne pouvaient pas savoir comment l’accorder, et que c’est la raison pour laquelle ils ne l’accordaient pas. Autrement dit, le scribe qui se faisait dicter « J’ai mangé… » ne pouvait pas attendre quatre secondes de plus pour entendre « la pomme ».

    Je n’oserais pas contredire cette théorie, car je n’ai fait aucune recherche sérieuse sur les sources de cette explication. Je l’ai lue et entendue à répétition, comme tout le monde. Mais j’aimerais beaucoup savoir qui a fait cette découverte, et comment elle ou il l’a faite. J’en sais assez sur l’histoire en général, et sur l’histoire de la langue en particulier, pour savoir qu’il n’est pas rare qu’une fake news soit énoncée une seule fois puis reprise ad nauseam par des connaisseurs et des néophytes tout ensemble qui se citent mutuellement dans l’allégresse. Il y a ainsi des mots qu’on a considérés comme des anglicismes pendant des décennies au Québec, parce que Untel l’avait décrété en mille neuf cent tranquille et que tous les bien-pensants ne faisaient que reproduire les listes de leurs prédécesseurs, jusqu’à ce que des recherches plus approfondies nous apprennent que le mot en question nous a simplement été légué par nos ancêtres normands ou poitevins.

    Je ne conteste pas la véracité de l’histoire du moine, mais je me bornerai à dire qu’elle semble faire l’affaire de bien des gens qui n’ont sûrement pas envie de chercher plus loin.

    D’ailleurs, une autre explication également répandue fait plutôt remonter notre fameuse règle au poète Clément Marot, qui l’aurait instaurée sous l’influence de l’italien, langue qu’il affectionnait particulièrement. Marot, c’est l’époque de François Ier, on n’est pas du tout au Moyen Âge.

    Nécessairement, une des deux explications est fausse. Au moins.

    Mais fi du moine impatient et du poète italophile. Et si l’explication de la règle était plus simple : si elle s’expliquait par simple cohérence avec le système du français?

    L’implacable logique de la règle de l’accord du participe passé avec le verbe « avoir »

    En français, lorsqu’une chose « est » féminine (au sens grammatical du terme), elle prend la marque du féminin. Tout le monde trouve ça logique. Si un enfant dit « Je veux une pomme vert », on le reprendra spontanément en disant « une pomme verte ». Même chose pour « une pomme rond ». On est d’accord là-dessus? Bon.

    Maintenant, disons que l’état de la pomme se décrit sous trois angles : elle est verte, elle est ronde, et elle est… mangée. Ici, le mot « mangé » est certes un participe passé, mais c’est un participe passé qui joue un rôle d’adjectif : il décrit la pomme. Il décrit l’état de la pomme, et non une action. N’est-il pas logique d’accorder le mot « mangé » au féminin? La pomme est ronde, verte et mangée. De quelle pomme parle-t-on? De celle qui est mangée, qui a été mangée par moi – que j’ai mangée.

    En revanche, si je dis « J’ai mangé une pomme cet après-midi », le mot « mangé » ne décrit pas l’état de la pomme; il n’a aucune valeur adjectivale : c’est un verbe. Il n’est ni masculin ni féminin parce qu’il ne se rapporte pas à un objet. Je ne veux rien dire à propos de la pomme, je veux dire ce que j’ai fait cet après-midi. J’ai mangé. Mangé quoi? Oh! une pomme.

    Si on dit « la pomme a été mangée », personne ne conteste qu’il faille accorder « mangée » au féminin, car on est ici en présence du verbe « être », et que la règle avec le verbe être n’est pas contestée. Et c’est d’ailleurs justement pour la raison que nous venons de voir : c’est parce que le mot « mangée » décrit l’état de la pomme (ce que dénote le verbe « être »).

    C’est aussi la raison pour laquelle la règle d’accord du participe passé avec le verbe « avoir » s’applique uniquement aux compléments directs. En effet, il serait illogique d’écrire « la pomme dont je t’ai *parlée », car le mot « parlé » ne désigne pas l’état de la pomme. Elle n’est pas ronde, verte et parlée.

    Honnêtement, quand on sait ça, on se fout un peu de l’anecdote des copistes d’il y a quelques siècles, autant que des fantaisies des poètes ultérieurs.

    Conclusion

    1) La règle du participe passé conjugué avec le verbe « avoir » est logique et cohérente avec le reste du système du français qu’on applique spontanément.

    2) La réviser créerait des illogismes et des incohérences par rapport à l’accord de l’adjectif et à l’accord du participe passé conjugué avec le verbe « être ».

    3) On ferait bien mieux de consacrer notre énergie à enseigner correctement cette règle, qui pousse nos enfants à exercer leur intelligence, leur logique et leur sens de l’analyse, qu’à consacrer une somme considérable d’argent, de temps et d’énergie à essayer de convaincre toute la francophonie de changer une règle séculaire qui se tient et qui est adoptée par tout le monde, puis à réviser toutes les grammaires, à inaugurer une ère de débats à n’en plus finir, à instaurer une période floue de transition, et à bousculer les habitudes de millions de personnes pour une chimère.

  • Les mémoires de traduction, pour profiter de l’expérience ou pour perpétuer les maladresses?

    Les mémoires de traduction, pour profiter de l’expérience ou pour perpétuer les maladresses?

    Qui peut se targuer de faire des traductions parfaites? Quel traducteur, quelle traductrice, quel cabinet, quel service de traduction?

    Personne.

    Alors d’où vient l’idée qu’une « correspondance parfaite » dans une mémoire de traduction est intouchable?

    L’intérêt des mémoires de traduction

    Les mémoires de traduction sont arrivées dans le décor vers la fin des années 1980. C’était la solution raisonnable trouvée pour mettre la machine au service de la traduction sans devoir subir les horreurs de la traduction automatique, qui était encore à l’époque à des années-lumière des prouesses actuelles de la traduction neuronale (si imparfaite soit-elle elle-même).

    Les mémoires de traduction sont un outil extraordinaire, dont on rêvait depuis l’aube de la traduction administrative et technique. Désormais, le traducteur ou la traductrice qui se disait « Me semble que j’ai déjà traduit ça quelque part » pourrait trouver en un claquement de doigt où et quand, et mettre la main sur ce qu’il en était ressorti. Qui plus est : même si le souvenir de ce précédent ne venait pas à sa mémoire, la machine serait là pour signaler la chose. Mieux encore : si quelqu’un d’autre avait traduit le passage, on y aurait accès.

    Avantages : 1) On ne réinvente plus la roue, 2) on profite des talents de nos prédécesseurs, 3) on améliore l’uniformité des textes et surtout… 4) on gagne du temps et 5) DE L’ARGENT!

    La perversion des mémoires de traduction

    Il en est toutefois résulté un comportement qui ne concourt pas toujours à l’amélioration de la qualité des traductions. La « pollution » des traductions nouvelles par la piètre qualité de contenus se trouvant dans certaines mémoires a été dénoncée par de nombreuses personnes menant une réflexion solide sur le problème de l’idiomaticité et de la qualité. On peut citer Lionel Meney, qui signale que « les sites gouvernementaux canadiens de traduction et de terminologie emmagasinent les mauvaises traductions antérieures, qui servent de modèles aux nouvelles traductions » et que « les sites de traduction privés internationaux, comme Linguee ou Reverso, reprennent trop souvent ces textes sans le discernement nécessaire[1] ». Cette idée est récurrente depuis trente ans.  

    D’où vient ce comportement délétère? Il est probablement motivé par trois grands facteurs : le souci de l’uniformité, la recherche de rentabilité (en temps et en argent) et l’ignorance.

    L’uniformité est une valeur que nous ne remettrons pas en question ici, tant qu’elle respecte une valeur supérieure, celle de la qualité. Nous y reviendrons.

    La recherche de rentabilité en temps, c’est généralement le souci des gestionnaires de services et des cabinets. La recherche de rentabilité en argent, c’est généralement celui 1) des clients faisant appel à des cabinets et à des pigistes et 2) des cadres des entreprises privées et du secteur public.

    Et la recherche de la rentabilité, c’est tout à fait légitime. Le raisonnement est le suivant : cet outil fait gagner du temps, on devrait donc voir des résultats concrets de son utilisation dans les résultats annuels, autant en termes de rendement en traduction qu’en termes de bénéfices (ou de coûts réduits). Et de fait, il est indéniable qu’au total, l’emploi de ces outils ne peut que réduire les coûts et accélérer le travail sur, par exemple, un an.

    Tout est de savoir jusqu’où on veut pousser le bouchon. Et surtout, quel est l’objectif primordial.

    L’objectif primordial

    L’objectif primordial, dans notre travail de professionnèles, est-ce la rentabilité ou la qualité? Bonne question. En quels termes les ingénieurs, les architectes, les comptables se la posent-ils? En quels termes devons-nous nous la poser en traduction?

    L’objectif primordial doit être la qualité, bien sûr. Tout comme, en génie civil, il faut que les ponts ne tombent point, en architecture, que les toits ne s’effondrent point, et en comptabilité, que les chiffres « balancent ». Avant tout le reste.

    En traduction, il faut que les textes soient 1) fidèles à l’anglais, 2) clairs et 3) idiomatiques. Le premier de ces objectifs, on le doit à l’auteur. Le second, au lecteur. Et le troisième, à nous comme collectivité de langue française. Surtout au Canada, où la traduction façonne le visage de la langue. Le français, au Canada, doit-il être une langue autonome ou un miroir de l’anglais? L’issue de cette question pend au bout du clavier des membres de notre profession.

    Des objectifs antagoniques?

    Est-ce qu’il s’ensuit que la qualité ne peut s’atteindre qu’au détriment de la rentabilité? Évidemment non. Nous l’avons dit plus haut : l’emploi d’outils d’aide à la traduction ne peut que se traduire (osons le dire) par des gains de rentabilité, en temps et en argent. Il faut juste ne pas avoir les yeux plus grands que la panse.

    Les cabinets de traduction reçoivent régulièrement comme consigne de leurs clients de ne pas toucher aux correspondances exactes, et de respecter le plus possible les correspondances floues. On a parfois envie de répliquer : « Mais entre deux traductions, préférez-vous la meilleure ou la moins bonne? » Si on ne pose pas toujours la question, c’est peut-être parce qu’on tremble d’entendre la réponse.

    Le fait est que les mémoires de traduction ne sont jamais parfaites. Nous le savons tous par expérience. Les causes sont multiples, qu’il s’agisse de l’incompétence, de la fatigue, de l’erreur humaine ou du manque de temps de la personne ayant fait la traduction antérieure. En fait, la cause, on s’en fout. La question est : pourquoi ne pas améliorer le texte quand on constate la maladresse?

    L’uniformité

    C’est quand on cherche une réponse à cette question que, en plus du souci de la rentabilité, l’on voit poindre celui de l’uniformité. Mais permettons-nous de rappeler l’objectif primordial : la qualité, définie par 1) la fidélité à l’original, 2) la clarté et 3) l’idiomaticité. Dès que l’on peut améliorer un de ces trois points dans une traduction, on se doit d’intervenir. Et après, l’uniformité jouera pleinement son rôle : car au lieu de perpétuer des erreurs et des maladresses de rapport annuel en rapport annuel, de contrat d’assurance en contrat d’assurance, de politique du personnel en politique du personnel, on améliorera ceux-ci et les traductions suivantes bénéficieront de ces améliorations.

    C’est ainsi qu’à l’échelle de l’entreprise ou du ministère, les textes seront de plus en plus 1) fidèles à l’anglais, 2) clairs et 3) idiomatiques.

    Autrement dit, l’uniformité, c’est bien beau, mais à condition que la chose uniforme soit correcte. N’oublions jamais une chose : durant tout le temps où nous reproduisons dans nos traductions des phrases alambiquées et obscures par souci d’uniformité et de rentabilité, l’anglais, lui, ne manque ni de clarté ni d’idiomaticité, et encore moins de fidélité à lui-même! Donc, en s’obstinant à ne pas toucher au contenu des mémoires de traduction, on entretient délibérément l’écart de qualité et de clarté entre l’anglais et le français. Non, ce n’est ni professionnel, ni responsable.

    …pourvu qu’on ait l’ivresse!

    Osons ajouter à tous ces arguments l’argument psychologique, en cette ère où le « bien-être au travail » et la « santé mentale » sont respectivement roi et reine. Au fil des rencontres que j’ai faites dans le cadre de Magistrad, je ne compte plus les traducteurs et traductrices qui m’ont fait part d’une profonde frustration éprouvée devant la nécessité de préserver des maladresses dans les traductions à cause de consignes venues d’en haut. C’est comme si des écologistes nous demandaient de préserver les éléments polluants plutôt que les espèces saines dans la nature.

    Et inversement, que dire de la satisfaction qu’on éprouve lorsqu’on a transformé une phrase maladroite ou franglaise en une phrase plus courte, plus claire et plus juste? Combien de jours d’arrêt de travail les employeurs pourraient-ils s’épargner s’ils encourageaient ce genre de satisfaction quotidienne auprès des artisans des mots?

    La synthèse

    Les propos tenus ici semblent révolutionnaires, tellement la vénération des mémoires de traduction est ancrée dans certains milieux. Pourtant, le fait de suivre ces préceptes n’a rien de bien sorcier.

    1. Il faut respecter l’uniformité, mais si on peut améliorer la fidélité, la clarté et l’idiomaticité, on doit le faire; il n’y a aucune raison de présupposer que le texte de la mémoire de traduction est parfait.
    2. Les mémoires de traduction vont toujours améliorer la rentabilité d’un service de traduction, même si on s’emploie à les corriger et à les perfectionner.
    3. La question est de savoir si, comme professionnèles de la langue, nous prenons au sérieux notre triple devoir : celui de fidélité envers l’auteur, celui de clarté envers le lecteur, et celui d’idiomaticité envers la collectivité pour laquelle on travaille.

    [1] Lionel Meney, Le français québécois entre réalité et idéologie, Les Presses de l’Université Laval, 2017.

  • « Perspective » en perspective

    « Perspective » en perspective

    Ah, qu’ils sont coquins, ces mots présents dans nos deux langues de travail mais dont le sens et les usages diffèrent!

    C’est le cas de perspective(s), qui ne se traduit pas toujours, voire pas souvent par perspective(s) en français!

    Du côté du sens

    En effet, on remarque bien vite en comparant les sens donnés dans les dictionnaires que l’anglais place en premier la définition figurée (« point de vue »), alors qu’en français, la première acception est concrète (la perspective dans un tableau, par exemple).

    Ce qui nous intéresse ici, c’est bien sûr l’acception figurée (ci-dessous, les définitions 1 et 2 de l’anglais et la définition 2 du français), qui comporte deux « sèmes » (ou éléments de sens) : l’idée de regard sur l’avenir et celle de point de vue.

    Tableau 1 : Comparaison des sens de perspective en anglais et en français dans deux dictionnaires reconnus

    EN (Merriam-Webster)FR (Le Petit Robert)
    1 a mental view or prospect
     
    2 the interrelation in which a subject or its parts are mentally viewed (also: a point of view)
     
    3 the appearance of objects in respect to their relative distance.
    1. Concret. 1.1. Technique de dessin.  1.2. Aspect esthétique que présente un paysage à distance.
     
    2. Figuré. 2.1. Éventualité de qqch; domaine qui s’ouvre à la pensée. 2.2. Aspect sous lequel une chose se présente, manière de penser. (voir : optique, point de vue)

    Du côté des dicos bilingues

    Dans l’organisation des solutions proposées par les dictionnaires bilingues (Meertens, Labelle, Robert & Collins), on ne retrouve que le sens 2.2. de « point de vue », parfois subdivisé selon certaines nuances (point de vue/manière de faire) ou assorti d’expressions idiomatiques (to put in perspective/see things from a different perspective). Pourquoi pas le sens de « regard sur l’avenir »? Tout simplement parce que notre point de départ, en consultant ces ouvrages, est le mot anglais perspective… et que le sens de « regard sur l’avenir » est généralement exprimé par d’autres mots en anglais.

    Or si les trois ouvrages bilingues de référence cités ci-dessus proposent pour traduire perspective de multiples solutions qui parfois suffisent à notre contexte, d’une part, celles-ci sont aussi parfois insuffisantes, et d’autre part, l’équivalent perspective en français pour traduire le sens de « point de vue » demeure floue (quand, finalement, l’utiliser?).

    Tableau 2 : Traduction du mot anglais perspective dans trois dictionnaires bilingues

    Meertens
    (Guide anglais-français de la traduction)
    Labelle
    (Les mots pour le traduire)
    Le Robert & Collins
    « regard sur l’avenir »(Sens absent – Voir commentaire ci-dessus)(Sens absent – Voir commentaire ci-dessus)(Sens absent – Voir commentaire ci-dessus)
    « point de vue / manière de faire »angle
    approche
    démarche
    optique
    perspective
    point de vue
    éclairage
    optique
    perspective
    optique
    perspective
    point de vue
    (divers sens)jugement objectif
    (+ expressions idiomatiques)
    (expressions idiomatiques)(expressions idiomatiques)

    Du côté de la pratique

    Commençons par la première problématique, le fait que les solutions proposées dans les ouvrages de référence ne suffisent pas toujours. Pas de remède miracle ici : il faut se fier au contexte pour trouver le mot juste. Pour étayer ce propos, voici un florilège de solutions dégagées dans un de mes derniers mandats de traduction.

    Tableau 3 : Traductions variées de l’anglais perspective selon le contexte

    They were asked to illustrate their perspectiveIl leur a été demandé d’illustrer leur position
    Canadian and International PerspectivesL’approche canadienne et l’approche internationale
    Nature-culture relationships: Perspectives from ThailandDes liens entre culture et nature : le cas de la Thaïlande
    Heritage experts from diverse disciplines and countries, scholars and students presented diverse perspectives on the question.Spécialistes du patrimoine et d’autres horizons, universitaires et étudiants ont proposé diverses pistes en ce sens.
    . . . noting that their perspectives would help to broaden the discussion.[…] et souligné combien leur apport contribuerait à élargir la discussion.
    They shared their perspectives on the management of the site.Ils ont donné chacun leur vision de la gestion sur ce site.
    They reviewed the different perspectives that emerged during the Round Table discussions.Ils ont passé en revue les différents éclairages ayant émergé des discussions.
    Reconciliation between Aboriginal and non-Aboriginal Canadians, from an Aboriginal perspective, also requires . . .La réconciliation entre les Canadiens autochtones et non autochtones, d’un point de vue autochtone, exige aussi […].
    . . . as they provided a unique perspective of the project . . .[…] car ils ont apporté au projet le point de vue unique de […]
    It is important to establish the needs and interests of the local community the significance of a place from a local perspective.Il est important de définir les besoins et les intérêts de la communauté locale et l’importance d’un site dans une perspective locale.

    Mais alors, quand utiliser « perspective » en français?

    Passons ensuite à la deuxième problématique : savoir quand utiliser perspective dans notre langue cible. Au terme d’une brève recherche dans le corpus français (qui en aucun cas ne se prétend exhaustive), je constate :

    1. Qu’en français, le mot perspective au sens de « point de vue » s’utilise notamment avec le cooccurrent différent – « les différentes perspectives » – ou avec d’autres adjectifs qui viennent préciser le type de point de vue (perspective historique, sociale, etc.).
    2. Qu’il est bien plus souvent utilisé en français dans le sens de « regard sur l’avenir » (que l’on imagine d’ailleurs pouvant correspondre à opportunity). En témoignent les phrases ci-dessous tirées principalement de documents gouvernementaux français.
    3. Qu’il se rencontre aussi majoritairement dans des connecteurs de discours tels que dans cette perspective (on this basis, in this context, etc.), dans la perspective de (in view of, in terms of, to, etc.) ou encore dans l’expression s’inscrire dans la perspective de (in the context of, etc.).

    Tableau 4 : Le mot « perspective(s) » dans des textes rédigés en français

    A) Sens de « regard tourné vers lavenir »

    2022–2027 : quelles perspectives pour les finances publiques? (Institut Montaigne, France)
    Les régimes de retraite obligatoire de base pris dans leur ensemble demeurent en déficit, sans perspective d’amélioration à moyen terme. (Assemblée nationale française)
    Les régimes de retraite obligatoire de base pris dans leur ensemble demeurent en déficit, sans perspective d’amélioration à moyen terme. (Assemblée nationale française)
    Par ailleurs, les perspectives de développement d’un calibre moins onéreux que le 40 mm […] sont à surveiller. [opportunity] (Assemblée nationale française)
    Un travail du Parliamentary Office of Science and Technology du Royaume-Uni explique comment les données sont aujourd’hui utilisées dans le transport et les perspectives qu’elles ouvrent. [opportunities] (Assemblée nationale française)
    Cet entretien a pour objectif d’examiner les besoins de formation de l’agent et ses perspectives d’évolution professionnelles. [opportunities] (Cairn.info, Le grand livre de la formation)
    Le programme Praxis s’adresse au jeune étudiant […] qui veut acquérir de nouvelles compétences afin d’élargir ses perspectives d’emploi. [opportunities] (Assemblée nationale du Québec)
    Ces aides s’adressent aux PME et leur permettent de financer des études de faisabilité en vue de mettre au point des produits ou services innovants présentant des perspectives concrètes d’industrialisation et de commercialisation. [opportunities] (Plan France Relance)
    Cette mesure ouvre d’importantes perspectives de progrès dans les principaux domaines de la chirurgie. [opportunities] (ministère de la Santé et de la Prévention [France])
    Des travaux seront conduits en ce sens en 2023 dans la perspective du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2024. [connecteur] (Assemblée nationale française)

    B) Sens de « point de vue »

    L’exposition permanente couvre 2 000 m² et balaie l’histoire agricole dans une perspective sociale et technique à travers des objets du quotidien et les engins agricoles. (Actu.fr)
    La vie d’un éléphant vedette propose de suivre l’équipe qui a examiné les ossements de l’animal afin d’offrir une nouvelle perspective sur son destin. (Le Devoir)
    La traduction est ainsi appréhendée comme pratique linguistique et sociale et analysée dans une perspective critique. (Cairn.info, revue Langages et sociétés)
    D’un côté, on espère amener l’élève à développer une perspective critique sur les religions; de l’autre, on propose une présentation des religions marquée par la plus stricte neutralité de l’enseignant. (Assemblée nationale du Québec)

  • Les limites de la rédaction inclusive en français

    Les limites de la rédaction inclusive en français

    L’EDI (équité, diversité et inclusion) est sur toutes les lèvres : qu’il s’agisse d’adapter les installations aux personnes handicapées, de réduire l’écart de rémunération entre différents groupes, de recruter davantage de gens issus des minorités ethniques et culturelles et des communautés LGBTQ2S+ ou de favoriser l’intégration des Autochtones dans les structures de gouvernance, on s’efforce de remédier aux inégalités et à l’exclusion touchant tout un chacun dans différentes sphères.

    C’est dans la foulée de ce mouvement, issu du monde anglo-saxon, qu’est apparu le principe de communication inclusive, dont le but premier consiste à éviter toute discrimination fondée sur l’âge, le handicap, l’origine ethnique, le sexe, le genre ou l’identité de genre.

    Si l’anglais est une langue peu marquée par le genre, il en va tout autrement pour le français, où à peu près tout, des déterminants aux adjectifs en passant par les noms, les pronoms et les participes passés, s’accorde en genre, comme l’illustre l’exemple suivant :

    The caregiver said the little girl/boy get hurt when she/he fell, and was crying to see her/his mom/dad.Le/la gardien/gardienne a dit que la/le petite/petit fille/garçon s’était blessée/blessé en tombant, et qu’elle/il pleurait pour voir sa/son maman/papa.

    Une langue qui ne se laisse pas facilement neutraliser

    Pour répondre aux impératifs d’EDI, l’anglais a adopté sans trop de difficulté la neutralisation linguistique, remplaçant les mots genrés de son lexique par des équivalents neutres (fireman firefighter; policemanpolice officer), et substituant le pronom they (them) de la 3e personne du pluriel aux he/she de la 3e personne du singulier.

    Cette façon de faire, aussi appelée rédaction non binaire[i], a l’avantage d’inclure d’emblée toutes les personnes sans égard à leur genre ou à leur identité de genre. Elle se transpose toutefois bien mal en français, où elle nécessite généralement le recours à des périphrases de même qu’à une série de néologismes lexicaux et de modifications grammaticales qui sont loin de faire l’unanimité, même au sein des communautés LGBTQ2S+.

    The caregiver said the child get hurt when they fell, and was crying to see their parent.La personne qui gardait l’enfant a dit qu’iel s’était blessé·e en tombant, et qu’iel pleurait pour voir san parent.

    Un idéal qui nuit à la représentation linguistique des femmes

    Rappelons qu’en français, le masculin a par convention valeur de générique, ou de genre non marqué, depuis le 17e siècle. Or, depuis plus de 50 ans, des francophones militent pour une meilleure représentation linguistique des femmes. C’est ce mouvement qui a notamment entraîné la féminisation officielle des noms de métiers à la fin des années 1970 au Québec (rappelons que ce n’est pas encore gagné en France, où la féminisation des titres professionnels ne fait toujours pas l’unanimité, surtout en ce qui concerne les fonctions de prestige).

    Depuis quelques années, on assiste aussi à l’adoption de plus en plus répandue de la rédaction épicène, « une pratique d’écriture qui vise à assurer un équilibre dans la représentation des hommes et des femmes dans les textes »[ii]. Le Bureau de la traduction, organe du gouvernement fédéral, vient d’ailleurs d’emboîter le pas à l’Office québécois de la langue française et à diverses organisations publiques et privées en publiant une série très étoffée de lignes directrices et de ressources sur l’écriture inclusive, dont l’un des grands principes consiste à « [d]onner une place égale au féminin et au masculin ».

    Or, l’idéal de neutralisation propre à la communication inclusive entre en contradiction avec ce principe, dans la mesure où il vise à éliminer toute marque de genre, ce qui invisibilise de nouveau les femmes. La question qui se pose est la suivante : doit-on, au nom de l’inclusion universelle, mettre de côté les revendications visant à donner aux femmes une place équivalente aux hommes dans la langue française écrite?

    En toute prudence, j’oserai seulement affirmer que ces deux écueils – la neutralisation difficile du français, langue binaire, et la possibilité d’un recul pour les femmes dans l’espace linguistique et social – montrent bien qu’on ne peut pas si facilement transférer un principe, aussi louable soit-il, d’une culture, et donc d’une langue, à une autre, et qu’il faut envisager l’évolution des pratiques linguistiques en fonction de l’environnement culturel des locuteurs et locutrices.


    [i] La nomenclature des normes rédactionnelles retenue est celle de l’Office québécois de la langue française (https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/index.php?id=25421)

    [ii] Banque de dépannage linguistique – Rédaction épicène, formulation neutre, rédaction non binaire et écriture inclusive (gouv.qc.ca)

  • Vous avez dit epekhô?

    Vous avez dit epekhô?

    Les habitués de Magistrad auront remarqué que nous avons changé de plate-forme l’automne dernier. La nouvelle plate-forme, plus moderne, tourne sous l’adresse epekho.magistrad.com. Mais d’où vient ce nom bizarre?

    C’est une devise de Montaigne.

    On sait que Montaigne (1533-1592) était un grand lecteur et un grand penseur. Un de ses refuges préférés était sa « librairie » (bibliothèque), qui se trouvait dans une tour que l’on peut encore visiter aujourd’hui dans le Périgord. Sur les poutres de ce lieu quasi sacré, il avait peint ou fait peindre des dizaines de phrases et de maximes qui se rappelaient ainsi continuellement à sa conscience. Sur une des poutres maîtresses, il y avait, en caractères grecs bien sûr, cette devise, que l’on translittère normalement ainsi : epekhô. La même devise a été retrouvée sur un jeton de compte à son nom et à ses armes.

    Mais que signifie epekhô?

    Ce n’est pas à des traducteurs que j’apprendrai qu’il n’est pas évident de rendre le sens d’un mot grec. D’autant plus que Montaigne, comme bien des érudits de l’époque, aimait choisir des devises à sens multiples. La traduction la plus courante de ce verbe à la première personne serait : « Je suspends mon jugement. » On reconnaît bien ici la sagesse de Montaigne… sagesse prudentielle d’autant plus nécessaire qu’il a vécu en pleine époque des guerres de religion! Cela dit, on pourrait aussi le traduire par « je tiens bon » ou « je me maintiens en équilibre ». Montaigne, lui, hésitait entre deux traductions : « je soutiens » et « je ne bouge ».

    Ces deux dernières traductions appellent une explication. « Je soutiens » fait référence au jeu de paume (ancêtre du tennis) : dans ce jeu, on dit de la personne qui reçoit le service qu’elle « soutient » ou qu’elle « tient » (d’où l’impératif « tenez », que disait le serveur, et qui a donné chez les Anglais le mot… tennis). Donc, celui qui « soutient » est immobile, mais vigilant; c’est l’immobilité de celui qui est prêt à se mouvoir selon les circonstances. Montaigne s’inscrit ici dans la lignée des philosophes pyrrhoniens. Ces philosophes, dans les mots d’Alain Legros[1], « ne sont pas ennemis de l’action, ils la font seulement dépendre de l’impression et de l’usage, non de la raison, dont ils ne se servent que “pour enquérir et pour débattre, mais non pas pour arrêter et choisir” ».

    Montaigne était tellement passé maître dans la philosophie de la réserve qu’il avait même rejeté la fameuse vérité dernière de Socrate, à savoir : « Je sais que je ne sais rien. » Même de cela, disait Montaigne, on ne peut être sûr. Pour résumer la question, il avait plutôt forgé la fameuse formule interrogative « que sais-je? », devenue depuis le nom d’une célèbre collection encyclopédique.

    Et Magistrad dans tout cela?

    Depuis que je donne des formations, je suis frappé par le besoin de certitude des traducteurs. On veut savoir si tel mot est correct ou non, si tel anglicisme est enfin « passé dans l’usage », donc si « on a le droit » de l’utiliser. On tuerait pour enfin savoir s’il faut dire « capacité de » ou « capacité à », pour savoir si le mot « approche » ou le mot « informations » (avec un s) est acceptable dans tel ou tel contexte (et pour savoir si le verbe être aurait dû être accordé au pluriel ici), pour connaître la différence entre « organisme » et « organisation », pour savoir si tel mot devrait ou non s’écrire avec une majuscule dans tel contexte, si on est vraiment obligé de répéter un « de » ou un « à » dans telle énumération… Parfois, j’ai l’impression que certains traducteurs craignent que la police débarque chez eux s’ils commettent une impropriété.

    Après près de quarante ans à traduire et réviser assidûment, plus de quarante-cinq à étudier la langue avec passion et plus de vingt à enseigner notre art, il y a encore des choses que je ne sais pas. Ce sont ce que j’appelle mes zones grises. Des questions sur lesquelles « je suspens mon jugement ». Epekhô. Cela ne m’empêche pas d’utiliser cette langue, de l’aimer et de jouer avec. Peut-être que, parfois, je fais un faux pas. Mais faire un faux pas dans l’amour et le respect, ce n’est pas comme le faire dans le rejet, la courte vue ou le je m’en-foutisme.

    « Je retiens mon jugement », je reste vigilant. J’accepte les zones grises mais elles ne me paralysent pas : j’agis quand c’est le temps. Je me libère des jugements péremptoires et dogmatiques, en misant sur la sagesse. Je le rappelle : Montaigne a vécu en pleines guerres de religion, une époque qu’il a vécue de façon douloureuse, car elle s’accordait mal avec cette sagesse. Dans les moments révolutionnaires, on vous enjoint d’être blanc ou noir, sinon vous essuyez les tirs des deux côtés. La langue n’échappe pas à ce genre de guerres : au contraire, elle se trouve parfois au cœur de celles-ci. Epekhô.

    Dans les petites choses comme dans les grandes, Magistrad a pour philosophie de considérer la langue comme un moyen de s’ouvrir, de découvrir, de célébrer et de colorer, et non de détruire, de mutiler, de dénoncer ou d’interdire. Que faut-il faire dans telle ou telle circonstance? Parfois, la réponse peut rester un bon bout de temps en gestation dans la zone grise, et elle peut ensuite varier selon les circonstances, selon la balle qui vous sera servie. Epekhô.


    [1] Alain Legros, Montaigne en quatre-vingt jours, Albin Michel, 2022. L’essentiel des informations du présent article est tiré de cet ouvrage.

  • Écrire un texte clair sur un concept difficile

    Écrire un texte clair sur un concept difficile

    Le système d’exploitation expliqué à une octogénaire

    Expliquer un terme technique à un profane est un beau défi d’écriture.

    J’ai dû le relever quand ma marraine, une octogénaire curieuse qui venait d’acheter une nouvelle tablette électronique, m’a demandé de lui expliquer ce qu’était un système d’exploitation. Sur le coup, je n’ai su que balbutier une définition.

    Résultat : elle était perplexe et moi, déçu.

    Je me suis repris en rédigeant, quelques jours plus tard, trois définitions que j’ai soumises à son jugement. Je les soumets au vôtre et je vous partage la réflexion qui a soutenu et suivi ce travail. Je ne prétends pas avoir pondu LA définition. Je veux simplement tirer les leçons de cette expérience.

    Ma destinataire : cultivée et ouverte

    Ma marraine a été secrétaire médicale. Elle a un ordinateur portable, une tablette et un cellulaire. Elle suit l’actualité, fait partie d’un club de lecture, s’intéresse aux personnes de tous âges. Bref, c’est une femme cultivée et ouverte, mais qui ne connaît pas les entrailles d’un ordinateur.

    Je ne suis pas non plus un spécialiste de l’informatique même si je m’y retrouve. Je suis donc un profane s’adressant à une profane.

    Conscient des limites de mes connaissances informatiques, j’ai fait quelques recherches avant de rédiger mes trois définitions.

    Après avoir lu de longues explications techniques qui entraient dans des détails inutiles pour ma destinataire, j’ai repéré deux définitions d’experts qui me fournissaient, il me semble, une base solide à une définition simple. Voici ces deux définitions.

    Définition experte 1

    « Logiciel de base d’un ordinateur, destiné à commander l’exécution des programmes en assurant la gestion des travaux, les opérations d’entrée-sortie sur les périphériques, l’affectation des ressources aux différents processus, l’accès aux bibliothèques de programmes et aux fichiers ainsi que la comptabilité des travaux.» (Institut canadien des comptables agréés, 2006, cité par le Grand dictionnaire terminologique)

    Définition experte 2

    « Logiciel gérant un ordinateur, indépendant des programmes d’application mais  indispensable à leur mise en œuvre. » (Commission d’enrichissement de la langue française [France]), FranceTerme, 2000)

    Avant de me mettre à rédiger, j’ai senti le besoin de vérifier dans le Grand dictionnaire terminologique la signification des cinq mots suivants : interface, programme, processeur, mémoire, périphérique.

    À partir de cette information, j’ai rédigé trois définitions selon trois logiques différentes.

    • 1re logique : donner une idée générale de ce qu’est le système d’exploitation, puis l’expliquer.
    • 2e logique : partir d’une expérience connue, la mise à jour du système d’exploitation, pour développer la définition.
    • 3e logique : présenter ce que gère le système d’exploitation (mémoire, processeur, etc.) puis donner une définition. C’est une définition où j’ai tenté de construire la compréhension étape par étapes.

    Première définition : idée générale puis explication

    Le système d’exploitation est le logiciel de base d’un téléphone intelligent, d’une tablette ou d’un ordinateur. C’est une série d’instructions comprises par l’ordinateur, qui lui permettent d’exécuter ses tâches. Ces tâches sont liées à des applications différentes (météo, réseau social, clavardage, GPS, etc.). Le système d’exploitation permet aux applications de fonctionner et même de le faire simultanément (mise à jour des courriels pendant que l’on consulte la météo, par exemple). C’est aussi ce système qui nous permet de communiquer facilement, avec notre tablette entre autres, grâce à ce qui s’affiche à l’écran (icônes des  applications, espaces pour écrire, écrans qui déroulent, etc.). Le système d’exploitation est souvent mis à jour. Cela permet de modifier les instructions  données à l’ordinateur pour qu’il effectue ses tâches de façon plus efficace.

    Deuxième définition : d’une expérience connue vers l’inconnu 

    Un téléphone intelligent, une tablette ou un ordinateur sont tous des ordinateurs. De temps à autre, ils nous avertissent qu’ils doivent faire une mise à jour. À ce moment-là, c’est le système d’exploitation qui doit être modifié, amélioré. De nouvelles instructions sont alors téléchargées dans l’ordinateur pour qu’il fonctionne mieux. Ces instructions sont formulées dans un langage compris par l’ordinateur. L’ensemble des instructions de base qui font fonctionner un ordinateur forment un logiciel (souvent appelé « programme » dans le langage courant). Le système d’exploitation est le logiciel de base de l’ordinateur. Sans lui, l’ordinateur ne pourrait pas effectuer toutes les tâches que nous lui confions. Sans lui, les nombreuses applications que nous utilisons (météo, clavardage, traitement de texte, journaux, etc.) ne pourraient pas fonctionner.

    Troisième définition : comprendre A pour comprendre B, construire le savoir 

    Qu’est-ce que le système d’exploitation d’un ordinateur (ou d’une tablette, ou d’un  téléphone intelligent)? Pour le comprendre, il faut avoir en tête les composantes d’un ordinateur. Retenons-en trois : le processeur, la mémoire, l’écran. Le processeur est aussi appelé l’unité centrale de traitement. Il exécute les instructions qu’il reçoit : effectuer un calcul, déplacer un paragraphe dans un texte, envoyer un courriel, classer des données. Pour faire son travail, il consulte l’information dans la mémoire et il utilise la mémoire comme un humain étend des documents sur une table quand il fait sa déclaration de revenus. Quand il a terminé le travail, il affiche les résultats à l’écran. Le système d’exploitation, c’est l’ensemble des instructions de base données à l’ordinateur pour exécuter ses tâches, utiliser efficacement la mémoire et afficher les résultats à l’écran. On dit qu’il est le logiciel de base de l’ordinateur. Sans lui, les applications (météo, courriel, GPS et autres) ne fonctionneraient pas.

    Réactions de ma marraine : la plus simple est la première

    J’ai partagé les trois définitions par courriel et ma marraine m’a donné son avis de la même manière.

    Voici son verdict.

    • Première définition : simple, facile à comprendre
    • Deuxième définition : complémentaire de la première
    • Troisième définition : complémentaire, mais complexe

    Évidemment, il s’agit ici de définitions relativement courtes. Si je disposais de 1000 ou de 3000 mots, j’utiliserais probablement la première définition comme base, mais je pourrais expliquer davantage.

    Dire ce qu’on a à dire, puis le préciser

    Je persiste à croire que les définitions du premier type sont souvent efficaces. Par exemple, si quelqu’un demande ce qu’est la mécanique quantique, on peut commencer la définition par cette vue d’ensemble : c’est la science des atomes. L’allodynie? Une maladie qui rend douloureux les touchers agréables comme les caresses. L’avantage de faire débuter une définition par une vue d’ensemble, c’est de permettre aux personnes qui nous lisent d’y greffer la suite de la définition. Pour donner un contre-exemple, je dirais que débuter la définition de « REER » par « produit financier » me semble beaucoup moins pertinent que de dire qu’il s’agit d’un mode d’épargne. Bref, pour le dire avec un brin d’humour, une bonne définition débute par une bonne définition, courte, générale, incomplète, mais utile.

    Malgré les apparences, cette définition initiale n’est pas facile à formuler. Quand je réfléchissais à la définition de « système d’exploitation », je posais la question suivante à des personnes qui se débrouillent en informatique : dis-moi en une ou deux phrases ce qu’il faut savoir  d’essentiel sur le système d’exploitation. J’ai constaté que presque tout le monde a hésité avant de formuler une réponse.

    Les détails qui perdent le destinataire profane

    La troisième définition, jugée complexe, contient trop d’aspects inconnus de ma destinataire (probablement mal présentés de surcroît). La mémoire et le processeur sont des réalités invisibles, nébuleuses. Ce que tout le monde connaît, ce sont les applications, les mises à jour, l’écran. Cette définition a perdu ma destinataire dans des détails inutiles. Conclusion : les détails doivent être choisis avec soin.

    La difficulté de vulgariser quand on n’est pas expert

    Il est plus difficile de vulgariser un concept dont on n’est pas expert. D’ailleurs, des experts pourraient trouver des inexactitudes dans mes définitions ou trouver que j’ai trop simplifié.

    Une comparaison avec le cerveau aurait-elle été plus simple?

    Quelqu’un m’a suggéré de rédiger une définition plus simple en comparant la tablette à un cerveau humain. Comment devrais-je alors expliquer le système d’exploitation? Est-ce que ce sont les connaissances qu’on a acquises dans notre famille et à l’école qui permettent au cerveau d’exécuter différentes tâches? J’avoue que je ne sais pas comment exploiter ce filon. Si vous y arrivez, j’aimerais voir ce que ça donne.

    Au terme de l’exercice, je garde ma préférence pour le premier type de définition, bien que je reconnaisse la valeur des deux autres.

    J’en ressors aussi plus humble. Expliquer simplement des choses complexes n’est pas un exercice facile. Il y faut du temps et plusieurs essais. Je sais que j’aurais dû y mettre encore une heure ou deux.

    Cette expérience me ramène aux propos de Boileau que l’on cite moins souvent :

    « Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
     Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
     l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure » (L’art poétique)

  • De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

    De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le traduire arrivent aisément.

    Au quotidien, mon monde professionnel, c’est la traduction législative. Et la traduction législative, en fin de compte, c’est de la rédaction législative : on a beau se rappeler qu’on traduit des notions qui ne sont pas nôtres dans un texte dont l’organisation générale est hors de notre contrôle, la version française qui en résulte est entièrement l’ouvrage de notre propre créativité.

    Depuis quelque temps, j’observe le travail de rédacteurs législatifs qui débutent dans le métier, et celui des traducteurs qui les suivent quelques pas derrière dans le procédé de traduction des textes de loi, et je constate à quel point il est à la fois difficile et crucial de cultiver sa capacité de percevoir, en premier lieu, puis de concrétiser, en second lieu, les liens sémantiques qui existent latents entre les idées qu’on cherche à exprimer.

    Un peu comme les forces invisibles qui font osciller en tandem planètes et satellites, les idées flottent au-dessus de la page, s’attirent, se repoussent et s’entrechoquent jusqu’à ce qu’on saisisse au vol l’essence qui permet enfin de cimenter le rapport qui existe entre ces idées et de les situer avec précision dans l’esprit du lecteur.

    Que ce soit en traduisant ou en révisant, je laisse bien souvent mon esprit papillonner jusqu’à ce qu’il reconnaisse et solidifie la matière sombre qui enveloppe les concepts présents dans le texte de départ, un peu comme quand le mot juste nous échappe depuis un peu trop longtemps, mais tout en accueillant ce moment d’incertitude qui annonce inévitablement l’eurêka tant attendu.

    Ce lien en gestation est pourtant essentiel à l’expression efficace des idées. Sans ce lien, le rédacteur ou le traducteur cherche à agencer un ramassis d’idées informe qu’il rafistole à tâtons, sans jamais trouver ni satisfaction ni résolution et que, de toute façon, son lecteur aurait peiné à comprendre. Mais s’il arrive à cerner la nature de la relation entre ces idées, soudain son chemin s’éclaire et la destination se révèle. Et son lecteur suivra ses pas sans se douter des efforts qui lui auront aplani le chemin.

    Je vous laisse sur ces sages paroles de Nicolas Boileau :

    Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.
  • Quelles sont les caractéristiques d’un texte fluide?

    Quelles sont les caractéristiques d’un texte fluide?

    Quand je lis un bon texte, je reconnais qu’il est fluide. Je le sais, j’en fais l’expérience; j’en jubile parfois. Mais, si on me demande d’expliquer cette fluidité, j’hésite. La fluidité d’un texte c’est comme l’amour ou la beauté : plus facile à reconnaître qu’à expliquer.

    Pourtant, il faut bien comprendre un peu cette fluidité si nous voulons améliorer nos textes. C’est ce que je tente ici.

    Je ne prétends pas donner une explication exhaustive ou définitive de la fluidité ni percer le mystère des chefs-d’œuvre de la littérature. Je cherche simplement comment bonifier les textes que nous écrivons tous les jours au travail : courriels, rapports, dépliants, brochures, etc.

    Fluidité : cohésion, progression, clarté et légèreté

    Je tente une définition. Un texte est fluide par l’effet conjugué de :

    • sa cohésion,
    • sa progression,
    • sa clarté,
    • sa légèreté.

    Avant de préciser chacun de ces aspects, il est utile de distinguer les idées et l’écriture ou, pour le dire autrement, le fond et la forme, ou encore, ce qu’on dit et la manière de le dire. J’utilise ici le mot idée en lui donnant un sens large qui englobe les concepts et les sentiments; les idées complexes autant que les idées noires…

    Voyons d’abord comment cette distinction idées-écriture s’applique à la cohésion du texte.

    Cohésion : les liens solides entre les idées

    La cohésion est un « lien logique solide entre les parties d’une pensée, d’un ouvrage, d’un texte » (Usito). Puisque c’est une affaire de pensée, c’est donc une affaire d’idées. La Banque de dépannage linguistique précise d’ailleurs que « c’est d’abord le lien entre les idées qui assure la cohésion d’un texte.»

    La cohésion est aussi une question d’écriture. Les charnières explicites et implicites y contribuent. Ces en conséquence, d’une part… d’autre part, à l’inverse, en définitive et les dizaines d’autres charnières explicites établissent clairement les relations entre les idées, entre les parties du texte. Les charnières implicites (articles définis, adjectifs démonstratifs et possessifs, pronoms, adverbes) font le même travail, comme on le constate dans les phrases suivantes (où elles sont en caractère gras).

    • À toute heure, le locataire du 304 fait jouer sa musique à tue-tête. Ses voisins sont exaspérés.
    • Tu ne connais pas le Grand marché? On y trouve beaucoup d’agriculteurs de la région.

    En précisant les différents « synonymes » du mot charnière, Antidote[1] montre bien qu’il s’agit d’un élément clé de la cohésion : « Selon le contexte théorique, le mot charnière peut aussi être désigné par les expressions marqueur (de relation), organisateur textuel, mot lien ou connecteur. »

    Mais il n’y a pas que les mots qui assurent la cohésion des idées. Les signes de ponctuation servent aussi à « marquer… certains liens logiques[2] ». En voici quelques exemples tirés de la 16e édition du Bon usage :

    • l’alinéa marque le passage « d’un groupe d’idées à un autre[3] »;
    • la virgule est placée entre des éléments coordonnés ou subordonnés[4];
    • le point-virgule « unit des phrases grammaticalement complètes, mais logiquement associées[5] », « son rôle est surtout logique[6] »;
    • les deux points « annoncent l’analyse, l’explication, la cause, la conséquence, la synthèse de ce qui précède (c’est un moyen précieux pour suggérer certains rapports logiques)[7] »

    Bref, la cohésion c’est un lien entre les idées qui est intelligible par les lectrices et lecteurs et qui s’établit d’abord par les relations des idées entre elles, mais aussi, lorsque nécessaire, par les charnières explicites et implicites, et souvent par la ponctuation.

    On pourrait aussi ajouter les intertitres à cette liste d’éléments connecteurs.

    La cohésion en termes liquides

    Les explications qui précèdent sont données sans référence à l’eau alors qu’il est question de fluidité, une propriété des liquides. Qu’est-ce que la cohésion en termes liquides? Permettez-moi une anecdote. Quand elle était enfant, ma fille m’avait dit, pendant qu’elle s’amusait dans une piscine : « Quand on se baigne, il n’y a pas de trou dans l’eau, l’eau est collée sur nous. »

    La cohésion est une pensée sans trous. Dans un texte cohérent, tout se tient, comme les gouttes d’eau dans la piscine.

    Mais la fluidité d’un texte s’apparente davantage à une rivière qu’à une piscine. Cette rivière, c’est le flot continu d’idées qui suivent leur cours en passant sous les yeux et dans l’esprit des personnes qui lisent. Ce qui nous amène à la progression.

    Progression : une pensée qui avance

    En lisant le roman de Bernard Pivot sur la vieillesse, j’ai souvent trouvé des exemples de cette progression des idées qui contribue à la fluidité. Je vous en donne un.

    Le narrateur est un octogénaire qui rencontre régulièrement ses amis du même âge dans différentes activités sociales. Quand il dit « nous », c’est à ce groupe qu’il se réfère. Le paragraphe qui m’intéresse parle des privilèges de la vieillesse. Le voici. J’y ai ajouté deux courtes parenthèses pour la clarté.

    « Reste que le privilège [de la vieillesse] que nous apprécions le plus, c’est d’être toujours en vie. On en a perdu en route [des amis]. Ils n’étaient ni meilleurs ni moins méritants que nous. Leur billet n’était pas de longue durée. Quand ils ont découvert, dans leur sac ou dans leur poche, le bon de sortie, c’était trop tard. Nous, ça va. À peu près. “Touche du bois”, me dit Octo à chaque fois. Notre petit groupe de vieux amis a la chance de ne compter que des hommes et des femmes sur pied, ni cloués au lit ni assis dans un fauteuil, roulant ou pas. »

    Trois choses me frappent dans ce paragraphe :

    • la pensée se déroule et avance au fil des idées apportées par chaque phrase (c’est précisément cela la progression);
    • il n’y a que des charnières implicites (c’est peut-être plus facile dans un roman que dans un document administratif);
    • le rythme change grâce à l’alternance de phrases longues et courtes qui créent respectivement un sentiment de ralentissement et d’accélération.

    La progression des idées n’empêche pas :

    • de formuler la même idée de différentes manières pour la faire comprendre (parce qu’elle est complexe ou subtile, par exemple);
    • de répéter les mêmes expressions à quelques phrases d’intervalle parce qu’elles se seront chargées de sens entre les deux occurrences.

    La progression du texte relève autant de la succession des idées que de l’écriture avec, peut-être, qu’en pensez-vous? une prépondérance des idées.

    La clarté : des idées faciles à comprendre

    J’aurais pu nommer la clarté comme première caractéristique de la fluidité puisqu’il ne suffit pas que les idées du texte soient liées logiquement et naturellement entre elles pour qu’il soit fluide. Il ne suffit pas non plus que les idées assurent une progression de la pensée. Il faut aussi qu’elles soient claires, faciles à comprendre, rapidement assimilables. Un texte fluide est une succession d’idées claires qui font cheminer les lectrices et les lecteurs.

    Que se passe-t-il quand, comme lectrice ou lecteur, nous butons sur une phrase ou une succession de phrases obscures? Soit nous poursuivons la lecture en espérant comprendre plus loin, soit nous relisons plus lentement cette partie obscure du texte et tentons de voir comment cela se rattache à ce qui précède. Dans les pires cas, cette partie du texte contenait une idée majeure qui nous échappera jusqu’à la fin de notre lecture et nous n’aurons pas compris, ou seulement à moitié, ce qu’on voulait nous dire.

    La clarté n’exclut pas la complexité. Un texte, dans son ensemble, peut exposer une pensée complexe, élaborée, profonde, voire ardue, mais s’il est fluide, et donc clair, cette pensée sera développée graduellement par une succession de phrases claires. C’est la progression des idées qui nous fera entrer dans la complexité.

    La légèreté : que le nécessaire

    La légèreté dont je veux parler ici est celle de l’écriture, pas celle des idées. On peut tenir des propos sérieux, avec une écriture légère. Au risque de trop simplifier, je qualifierais ainsi cette légèreté de l’écriture : pas un mot de trop. Ou, pour être plus précis, tous les mots nécessaires, aucun mot superflu.

    Parmi les différentes significations de l’adjectif lourd, le dictionnaire Usito consigne notamment celle-ci : « Qui comporte des répétitions ou des longueurs qui gênent la fluidité de l’œuvre, en parlant d’un style, d’un écrit. »

    Je suis toujours étonné, quand je révise les textes que j’écris, par le nombre de mots que je peux supprimer sans gâcher une phrase, sans en perdre de sens. Disons-le positivement : pour rendre la phrase plus légère, il suffit souvent d’enlever quelques mots. Quand on sarcle ces mauvaises herbes à la grandeur du texte, on obtient des plates-bandes pas mal plus jolies pour l’œil et l’esprit. À ce jardinage,

    • le spécialiste en matière d’environnement
      devient
      un spécialiste en environnement;
    • monsieur Bédard qui agissait à titre de porte-parole
      devient
      monsieur Bédard, porte-parole.

    Si on ne se contente pas d’élaguer, mais qu’on reformule, on peut aller très loin. À partir d’un premier jet formulé ainsi :

    • Du côté d’Étienne, il fait partie de la troisième génération de producteurs de légumes. C’est un jeune homme qui est diagnostiqué depuis quelques années d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, ce qui ne l’empêche pas d’être au travail chaque matin et d’accomplir les tâches multiples, variées et éreintantes incontournables sur une ferme.

    On peut obtenir :

    • Étienne appartient à la troisième génération de maraîchers. Il est jeune, mais atteint d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, mais ne l’empêche pas d’accomplir chaque jour les exigeantes tâches de la ferme.

    Bref, un style aisé, facile et naturel

    On parle de fluidité du texte ou de style coulant. C’est la même chose. Le dictionnaire Usito attribue trois qualités à ce style. Il est aisé, facile et naturel. C’est une bonne façon de résumer les choses. Cela nous situe clairement du côté des lectrices et des lecteurs et du sentiment qu’ils éprouvent en lisant, même un texte costaud.

    Mais si c’est aisé pour les personnes qui lisent, cela ne signifie pas pour autant que ce fut facile à écrire. Aisance de la lecture n’est pas nécessairement aisance de la rédaction[8].


    [1] Antidote est un logiciel québécois d’aide à la rédaction produit par Druide informatique.

    [2] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 126.

    [3] id., page 128.

    [4] Pour pousser un brin plus loin la réflexion sur la virgule comme charnière implicite, je vous suggère, sur ce blogue, le billet de Caroline Tremblay intitulé De l’utilité de la virgule devant le « et » en français comme charnière implicite.

    [5] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 142.

    [6] id., page 141.

    [7] id., page 142.

    [8] Easy reading is damn hard writing, Nathaniel Hawthorne, écrivain américain, 1804-1864.

  • Stylistique comparée au petit-déjeuner

    Stylistique comparée au petit-déjeuner

    Qui n’a jamais lu (et relu) au petit-déjeuner l’emballage de son paquet de céréales ou de la brique de lait? Habitude d’enfant peut-être, ou sorte de compulsion de l’esprit qui lui aussi veut se mettre quelque chose sous la dent sûrement!

    Voici donc que je me suis retrouvée fascinée devant le message publicitaire de mon lait végétal belge, message produit en néerlandais, anglais et français.

    L’occasion inespérée de se rappeler quelques traits essentiels de stylistique anglais-français :

    1. L’hypotaxe/La parataxe
    2. La prosodie
    3. La dépersonnalisation (1re/3e personne)
    Parce que (1 et 2) l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation, cela fait plus de 60 ans que XYZ (3) partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant.At XYZ, we have been sharing our expertise in organic vegan products for more than 60 years. Living in harmony with nature starts with better eating and respect for the living world and brings us and nature closer together.

    L’hypotaxe/La parataxe

    Hein quoi! Une phrase qui commence par « parce que »! Il est en effet possible d’utiliser cette conjonction de subordination en début de phrase lorsque celle-ci introduit le thème (ce dont on parle, souvent le sujet) et non le propos (ce qu’on en dit); la conjonction est alors antéposée. C’est un cas plus rare, mais qui permet un effet d’insistance sur le thème[1]. On remarque enfin en français que les deux informations sont subordonnées contrairement à l’anglais qui en fait deux phrases distinctes.

    La prosodie

    Imaginons ici que l’on renverse thème et propos : « Cela fait plus de 60 ans que XYZ partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant parce que l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation ». Le tout semble pataud. C’est parce que le rythme naturel du français est d’allonger la dernière partie du groupe de sens. Pensons par exemple aux phrases commençant par un verbe antéposé pour faire une inversion verbe-sujet : « Sont admissibles…. », « S’ajoute à cela », etc.

    La dépersonnalisation

    Par contamination de l’anglais, nous sommes presque habitués à des tournures comme « À ABC, nous […] ». Mais est-ce si naturel et élégant en français? Delisle nous rappelle qu’« il est fréquent que les rédacteurs anglo-saxons s’adressent directement à leurs lecteurs, là où un auteur de langue française préférera rester impersonnel[2] ». En fait, dans le cours Simplifier sans niveler par le bas (volet II), François Lavallée démontre qu’il est courant et naturel pour une entreprise de parler d’elle-même à la troisième personne en français. De fait, c’est ce qu’on voit ici. Et si on faisait la même chose dans nos traductions?


    [1] Voir, p. ex., RIEGEL, PELLAT et RIOUL. Grammaire méthodique du français. PUF, 2021 : p. 850-851.

    [2] DELISLE, Jean. La traduction raisonnée, 3e édition. Presses de l’Université d’Ottawa, 2013 : p. 537.

  • Révision commentée n° 5

    Révision commentée n° 5

    Le dernier article de notre série de révisions commentées vous en donne pour votre argent! On y traite dans le menu détail ― mais toujours avec humour! ― de la révision de la note explicative d’un projet de loi, mais également des facteurs émotionnels et relationnels qui entrent en jeu quand s’entrechoquent les intérêts parfois opposés du traducteur, du réviseur, du donneur d’ouvrage et du lecteur. Parmi la myriade de stratégies abordées, notons :

    • séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair;
    • rédiger et réorganiser pour servir le message;
    • scruter l’âme de son traducteur;
    • gérer la confiance et le bien-être de son lecteur;
    • survivre aux exigences du client et panser ses plaies;
    • éliminer les ambiguïtés, couper dans le gras, gérer ses pronoms et bien d’autres encore!

    Merci à celles et à ceux qui nous ont suivi tout au cours de la série. Comme toujours, vos commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus! Au plaisir de vous lire!

    Anglais1This Bill makes several amendments to The Police Services Act.
    2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position.
    3The Director of Policing may establish standards respecting police service operations, facilities and equipment. The criminal intelligence director is responsible for creating standards dealing with criminal intelligence. The Manitoba Police Commission monitors police service compliance with policing standards.
    4A code of conduct for police officers in Manitoba police services may be established by the Director of Policing. The chief of a police service must provide the Director of Policing with a report on each contravention of the code of conduct by a police officer.
    5The Law Enforcement Review Act is also amended by this Bill to extend the time for filing complaints under that Act from 30 days to 180 days.
    6Consequential amendments are made to several Acts.
    Traduction1Le présent projet de loi modifie la Loi sur les services de police.
    2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
    3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.
    4De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles est chargé d’établir des normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles. La Commission de police du Manitoba surveillera l’observation des normes de maintien de l’ordre par les services de police.
    5En outre, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir un code de déontologie à l’intention des agents de police des services de police de la province. Le chef d’un service de police remet au directeur du Maintien de l’ordre un rapport sur chaque contravention au code de déontologie que commentent les agents de police du service.
    6Le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes.
    7Enfin, des modifications corrélatives sont apportées à plusieurs lois.
    Révision1Le présent projet de loi apporte plusieurs modifications à la Loi sur les services de police.
    2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements.
    3De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police et la Commission de police du Manitoba en surveillera l’observation. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles, pour sa part, établira les normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles.
    4Le directeur du Maintien de l’ordre peut en outre établir un code de déontologie à l’intention des agents de police. Les chefs de police doivent lui remettre un rapport chaque fois que les agents de police de leur service y contreviennent.
    5Enfin, le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes et des modifications corrélatives sont également apportées à plusieurs lois.
    Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b030.pdf

    Séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair

    À la première lecture, le texte semble d’ores et déjà nous dire qu’il est à l’étroit dans ses habits et on ne peut s’empêcher de se demander si un remaniement ne lui permettrait pas de mieux respirer. Il serait cruel d’ignorer la détresse d’un texte qui nous susurre son besoin d’être reformulé. Bien que la traduction de textes de loi nous laisse souvent bien peu de latitude quant au choix des idées à exprimer, nous avons en revanche le devoir de chercher à les présenter de la façon la plus intelligible possible. À plus forte raison dans les notes explicatives, où l’accessibilité et le souci du lecteur priment.

    On prendra d’abord le soin d’analyser la traduction pour s’assurer que tous les éléments de sens de l’anglais s’y trouvent. On pourra ainsi mettre cet aspect de côté et mieux diriger son attention vers la rédaction. Analyser trop d’aspects en même temps crée une charge mentale qui épaissit le brouillard et on ne voit plus son chemin. Après avoir établi le sens, vous vous sentirez souvent davantage de liberté et de maîtrise au moment du remaniement et votre conquête n’en sera que plus efficace.

    Donc, hormis quelques éléments mineurs qu’il nous faudra corriger, maintenant qu’on a établi que le sens y est et que la terminologie du projet de loi est bien appliquée, on peut se tourner vers le sujet principal de la présente note (***gros plan dramatique***) : LA RÉORGANISATION DES IDÉES!

    Rédiger pour répondre à ses besoins

    Lorsqu’un élément est difficile à intégrer dans une phrase mais qu’il doit être rendu, les traducteurs oublient parfois que si aucune solution simple et élégante ne s’impose pas, il faudra plutôt remanier le reste de la phrase de manière à nous guider sans accrocs à l’idée qui importe.

    Une des principales raisons qui ont amené le réviseur à chercher à remanier la note explicative, c’est justement que les termes qui s’y trouvent sont lourds et difficiles à porter. Il fallait donc rédiger l’ensemble de la note de façon à bien les mettre en vedette tout en leur donnant une place et un poids plus appropriés. De toute évidence, on n’a pas pu atteindre ce but en s’en tenant à la structure de l’anglais. Notre réalité est différente et il fallait en tenir compte.

    Offrons-nous donc une vue d’ensemble sur l’ampleur du défi en dressant tout de suite la liste de quelques-uns des termes qui ont été fixés dans le projet de loi et que nous serons généralement tenus d’employer dans la note :

    criminal intelligence directordirecteur des renseignements sur les activités criminelles
    criminel intelligencerenseignements sur les activités criminelles
    Director of Policingdirecteur du Maintien de l’ordre
    Manitoba Criminal Intelligence CentreCentre manitobain de renseignements sur les activités criminelles
    Manitoba Police CommissionCommission de police du Manitoba
    policing standardsnormes de maintien de l’ordre

    D’emblée, deux défis s’esquissent à l’horizon : 1) les termes employés en français sont beaucoup plus longs qu’en anglais (du double!) et 2) on a deux directeurs dont les noms sont relativement différents en anglais mais de structure semblable en français. Il sera donc particulièrement important de bien placer ces éléments de manière à limiter les répétitions interminables et à maintenir une opposition claire entre les termes semblables. Ce défi peut sembler simple en soi, mais il est suffisamment important pour qu’il s’agisse du principal objectif de notre reformulation.

    Si l’anglais se complaît dans la répétition, il a l’avantage de pouvoir justifier son vice en s’exécutant en peu de syllabes et devant un public habitué. Or les termes équivalents en français sont ici plus lourds à porter, d’autant plus que notre lecteur s’attend à mieux et qu’on dispose d’un arsenal plus riche pour éviter les répétitions. Ainsi, notre remaniement devra bien sûr être guidé par la logique des idées, mais aussi par la nécessité d’agencer judicieusement les mots qui les véhiculent. Puisque cette difficulté n’est pas présente dans l’anglais, il nous faut adopter une stratégie différente en français.

    La table étant mise, attaquons-nous maintenant au texte, paragraphe par paragraphe.

    Paragraphe 1

    Anglais1[…] makes several amendments to […].
    Traduction1[…] modifie […].
    Révision1[…] apporte plusieurs modifications à […].

    Cette correction peut sembler toute simple, mais la raison pour laquelle la révision a choisi de rester plus près de l’anglais n’est pas anodine : cette mise en scène permet déjà au lecteur de se mettre dans le bon état d’esprit en s’attendant à se voir présenter plusieurs idées.

    Cette correction vous met vous aussi dans le bon état d’esprit puisque chercher la meilleure façon de guider le lecteur dans la bonne direction avec le moins d’effort possible sera le fil conducteur de nos discussions.

    Paragraphe 2

    Anglais2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position.
    Traduction2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
    3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.
    Révision2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements.

    Division des paragraphes

    Constatons d’entrée de jeu que la traduction a recours à deux paragraphes alors que l’anglais n’en a qu’un seul … mais pourquoi? Le réviseur a beau chercher à sonder les profondeurs de l’âme du traducteur, en l’absence d’explications, il ne peut qu’en deviner les motifs. Peu importe, le réviseur doit quand même se poser la question, y réfléchir et trancher puisqu’il devra soit valider le choix du traducteur, soit justifier sa décision de s’en éloigner. Scinder ou ne pas scinder, là est la question…

    On pourra envisager de scinder un paragraphe quand les idées exprimées sont suffisamment différentes ou disjointes pour le justifier, mais ici, les paragraphes 2, 3 et 4 de l’anglais présentent chacun des sujets distincts et on vient créer un déséquilibre en français en insérant un paragraphe 3. On se retrouverait avec deux paragraphes sur le même sujet (2 et 3) puis deux autres paragraphes sur deux autres sujets. On pourra revoir la pertinence de scinder le paragraphe après notre reformulation — puisque c’est bien dans cet ordre qu’on devrait habituellement procéder —, mais au premier regard, il semble qu’on aurait d’abord avantage à tenter de regrouper l’information de l’anglais dans une suite d’idées se déclinant logiquement et doucement sur le long fleuve tranquille d’un même et seul paragraphe. Il est d’ailleurs beaucoup plus fréquent que le français regroupe deux paragraphes en un que l’inverse, bien qu’on rencontre effectivement les deux cas de figure.

    Voyager sans perdre ses bagages

    La révision a fait subir une cure de rajeunissement substantielle au paragraphe 2, à tel point qu’il risque de ne plus se reconnaître dans le miroir. Mais une telle cure n’est pas sans risque : sans s’imposer certaines mesures de sécurité, à force de mélanger les cartes, le roi de cœur risque de devenir un deux de pique.

    Les traducteurs souffrent bien souvent d’une anxiété débilitante à l’idée de s’éloigner de la structure de l’anglais, de crainte que cette migration leur fasse perdre des éléments de sens; or, si on souhaite aspirer à une certaine liberté face à l’anglais, il nous faut des outils nous permettant d’assurer qu’aucun élément de sens n’a raté sa correspondance. Donnons-nous donc, de ce pas, la quiétude d’esprit de savoir que la totalité des idées demeurent présentes, qu’on puisse passer à autre chose.

    Afin de bien repérer l’emplacement des diverses idées avant et après le grand dérangement, […]

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